CINQ QUESTIONS A MARCEL LIBAMA, UN DES LEADERS DE LA CONASYSED

15 janvier 20180
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« Nous n’avons aucun rapport avec le gouvernement actuel. Je vous ai dit que dans notre pays, le dialogue n’existe pas. Tenez ! Le discours de présentation des vœux du Chef de l’Etat est la parfaite illustration…. Le dernier discours du Chef de l’Etat n’augure pas des lendemains meilleurs. Les ordinateurs ne vont pas endiguer le phénomène du surpeuplement de classe ni endiguer le phénomène grandissant d’insécurité en milieu scolaire » dixit Marcel Libama, un des leaders de la CONASYSED qui a accordé une interview à GABONEWS

GABONEWS : Quel est votre vœu le plus cher en cette nouvelle année 2018 ?

Une année d’espoirs et de combats pour que nous nous engageons tous autour de l’école dont les enfants de notre pays ont besoin. Je souhaite que l’année soit bonne. Il faut sortir du pilotage a vu de notre système éducatif. Les problèmes sont connus : disparités d’accès à l’éducation, taux important de redoublement et de déperdition à tous les niveaux du système, insuffisance de structures d’accueil et de formation, la corruption.

GN : Vous êtes un homme très actif dans la lutte pour l’école à la portée de tous et pour des de bonnes conditions de travail en faveur des enseignants. Comment expliquez- vous cet engagement ?

J’ai commencé à travailler en province avant de venir en Libreville. J’avais fait le constat qu’à Franceville, les enseignants ne suivaient pas les mouvements de grève lancés à Libreville pour la raison que le Haut Ogooué étant la province du président Omar Bongo. Les enseignants de cette province par peur ne faisaient pas grève. Je ne comprenais pas cette situation alors que nous avons les mêmes problèmes que tous les autres enseignants du Gabon. A l’époque, Franceville avait un seul lycée, le Lycée d’État de Franceville qui n’est autre que l’ancien collège moderne de Franceville. Pour une ville de quatre arrondissements nous n’avions qu’un seul collège d’enseignement secondaire. Tous ces établissements sont situés dans le 4eme arrondissement. L’engagement syndical, au Gabon, n’est pas forcément très bien vu. Le syndicalisme est bien souvent synonyme chez nous, de grève, de conflit, d’opposition etc. Et la situation actuelle du Gabon ne fait rien pour arranger cette vision. Le syndicat a pour mission de défendre et promouvoir les intérêts des travailleurs. Pas un lycée technique, pas une seule école pré primaire j’enseignais moi-même dans une salle de classe de 122 élèves, dans une école sensée former les enseignants et dire que nous sommes la province présidentielle d’un pays minier et pétrolier donc cette situation m’a amené avec les autres à nous engager dans l’action syndicale pour changer les choses avec les autres. Il faut aussi dire que les rencontres que j’ai eues ont été pour beaucoup dans mon engagement syndical. Samuel Ngoua-Ngou a beaucoup inspiré les enseignants de ma génération mais surtout une dame Yolande Bilouka Secrétaire provincial du Syndicat des enseignants de l’éducation nationale du Haut- Ogooué. Une dame exceptionnelle qui se donnait corps et âme pour le syndicat. Elle m’avait pris sous son aile. Je lui dois beaucoup sur plan syndical. Grâce elle, je découvre le bureau national du Seena à la faveur d’un conseil du national à Libreville mais surtout la connaissance d’une grande dame, Christiane Bitouga une battante qui m’a donné une formation solide en syndicalisme et les moyens conséquents pour syndicaliser les provinces du Haut-Ogooué et de l’Ogooué-Lolo.


GN : Comment comptez-vous ou comment menez-vous ce combat pour amener les gouvernants à comprendre que votre combat est noble ?

Notre stratégie est claire. C’est l’articulation permanente rapport de force/négociations. Mais malheureusement dans notre pays, le dialogue social a été remplacé par le dictat social. Il n’existe que de nom aucun cadre formel de dialogue. Le dialogue Toutes les décisions du gouvernement ne font jamais l’objet d’une concertation, d’une consultation ou d’une négociation qui sont les trois formes du dialogue social. Dans un pays où il existe le dictat social, il ne nous reste que la construction d’un rapport de force. Ici chez nous pour avoir quelque chose, il faut faire grève. En dehors de la grève, aucun progrès social. Les grèves des enseignants ne suffisent plus. Je pense, par ailleurs, que l’indépendance syndicale, entendue comme absence de relais politique pose problème. Les revendications syndicales pour se réaliser, ont besoin d’alliés au sein de la sphère politique. Or ceux-ci nous font défaut du fait du manque des ministres de la trempe du défunt Mba Obame. L’école est avant tout une question éminemment politique ne faut jamais l’oublier. Sur le plan interne, il faut entreprendre les campagnes de syndicalisation et de structuration sur l’ensemble du pays. Nos syndicats fonctionnent avec beaucoup sympathisants. Il faut plus de militants qui cotisent et remettent au centre de l’action syndicale, la formation syndicale. Il faut construire le rapport de force sans lequel je ne vois pas les gouvernants actuels bouger.

GN : Quels sont vos rapports avec les gouvernants et surtout avec les enseignants et les apprenants ?

Nous n’avons aucun rapport avec le gouvernement actuel. Je vous ai dit que dans notre pays, le dialogue n’existe pas. Tenez ! Le discours de présentation des vœux du Chef de l’Etat est la parfaite illustration. Il a annoncé un certain nombre de décisions en matière d’éducation. Toutes ces décisions n’ont jamais fait l’objet d’une consultation ou concertation avec les partenaires que nous sommes. Or aujourd’hui, on ne peut plus définir les politiques publiques sans faire participer les principaux bénéficiaires que nous sommes. Avec le gouvernement, les rapports sont inexistants. Nous sommes d’ailleurs en toute illégalité suspendus de toute activité syndicale. Par ailleurs, nos rapports sont bons avec les enseignants. Ils ne demandent qu’à être renforcés de notre part, surtout à l’intérieur du pays. Quant aux élèves qui sont aussi nos enfants, nous nous sommes saisis du problème des arriérés de bourses de plusieurs années. Cette question est un point de notre cahier de charge. Les élèves nous ont toujours soutenus dans nos luttes, dont ils sont d’ailleurs les premiers bénéficiaires. Nous déplorons par contre la démission des associations des parents nous relations ne sont ce qu’elles devaient être nous sommes en grève mais ces associations sont aphones. Le dernier discours du Chef de l’Etat n’augure pas des lendemains meilleurs. Les ordinateurs ne vont pas endiguer le phénomène du surpeuplement de classe ni endiguer le phénomène grandissant d’insécurité en milieu scolaire.

GN : Si vous avez un message à l’endroit de chacun d’eux, quel sera-t-il ?

Je vous remercie pour cette interview. Unis, nous sommes forts, désunis, nous mendions. Enseignants, parents, élèves nous avons notre part de responsabilité dans la situation actuelle de notre école. Qu’avons-nous fait ensemble pour sauver l’école ? Les rapports humains sont d’abord les rapports de force. Si nous ne sommes pas capables de construire ensemble un rapport de force nécessaire pour contraindre le gouvernement à faire de l’éducation une priorité des priorités, l’école va rester dans son coma. On dit : « Si tu te comportes comme un verre de terre, il ne faut pas t’étonner qu’on te marche dessus ». Donc soyons tous unis, debout et déterminés si nous voulons changer la donne. Pendant que les personnels des régies financières se battent, je constate que beaucoup attendent que ça tombe du ciel. La CONASYSED n’est rien s’en l’engagement de tous. Nous n’avons pas d’autre choix possible que de redonner un sens à notre lutte, un souffle à l’école et à la formation, et d’investir pour bâtir une école digne du Gabon. Les raisons d’espérer n’existent pas dans ce gouvernement. Je ne vois pas une rupture avec l’ordre ancien et la promotion d’un nouvel ordre. L’émergence passe par l’éducation, la formation et la recherche. Pas par les Coupe d’Afrique des Nations et autres divertissements. Il y a urgence de repenser, de réformer et de financer l’école. L’école n’as pas évolué depuis l’arrivée d’Ali Bongo au pouvoir.


Propos recueillis par Martial TSONGA

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