"Le moment le plus marquant aura sans aucun doute été la cérémonie de présentation de mes lettres de créance au à Son Excellence Kaïs Saëd"
Nommé Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République Gabonaise auprès de la République Tunisienne lors du Conseil des ministres du 23 mars 2024, Son Excellence Monsieur Pierre Ntsiet Ngolo a accordé un entretien au Service « Analyse et Médias » de la Direction Centrale de la Communication du Ministère des Affaires Étrangères.
Monsieur l’Ambassadeur, bonjour. Nous vous remercions pour votre disponibilité et pour le temps que vous nous accordez dans le cadre de cette interview.
Tout en remerciant en retour « Analyse et Médias » qui m’accorde cet espace pour pouvoir m’exprimer, je voudrais saluer avec toute la déférence qui sied, les grandes initiatives prises par les différents Chefs de notre Département qui se sont appliqués ces dernières années à rendre visible l’action diplomatique du Gabon. Ce, aussi bien par des initiatives locales prises à la Centrale, qu’à travers celles prescrites à notre réseau diplomatique.
A ce juste titre, je voudrais tirer un chapeau à « Analyse et Médias », presse spécialisée essentielle à garantir une information sectorielle fiable, crédible et experte et, qui se positionne en veille stratégique de la visibilité de la politique extérieure de notre pays qui s’articule autour des priorités stratégiques clairement définies dans la feuille de route de Son Excellence Madame Marie Edith Tassyla-Ye-Doumbeneny, patronne de la diplomatie gabonaise et principale artisane de la nouvelle vision édictée par Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, Président de la Résident, Chef de l’État, Chef du Gouvernement.
Ceci dit, c’est avec un réel plaisir que je réponds à cette invitation qui me donne l’opportunité de m’adresser à nos compatriotes ainsi qu’à l’ensemble des partenaires qui s’intéressent à l’action diplomatique de notre pays, dans le cadre bien évidemment de la mise en œuvre des Très Hautes Orientations du Chef de l’État et des instructions de notre Ministre de tutelle contenues dans ma Lettre de Mission.
Pouvez-vous vous présenter à nos abonnés et nous dire comment vous avez été accueilli en Tunisie ?
Je suis Monsieur Pierre Ntsiet Ngolo, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire de la République Gabonaise auprès de la République Tunisienne et de l’État de Libye, nommé à ce en poste depuis mars 2023 et en fonction depuis en janvier 2025.
Ministre Plénipotentiaire et Diplomate de carrière, j’ai eu le privilège d’occuper des fonctions au sein de notre administration centrale et de représenter notre pays dans un certain nombre de services extérieurs. J’ai notamment servi en qualité de Conseiller Académique, chargé de la coopération universitaire et scientifique au sein de nos Ambassades à Dakar et Paris, deux postes diplomatiques d’une importance particulière pour notre pays, au regard de la nature historique et l’excellence des relations privilégiées de fraternité, d’amitié et de coopération qui se construisent depuis de nombreuses décennies entre notre pays la République du Sénégal, d’une part et, la République Française, d’autre part.
Pour aborder le second volet de la question, il sied de rappeler que j’arrive à Tunis à un moment critique où la relation entre le Gabon et la Tunisie a connu une stagnation ambiante sur une longue période de près de cinq (05) ans, au cours de laquelle notre Mission Diplomatique est restée sans acteur principal, depuis le rappel en 2021 de mon prédécesseur.
Cette situation a eu deux (02) effets consécutifs qui ont foncièrement marquée l’image de notre diplomatie et qui, non seulement ont altéré nos relations, mais en plus, ont malencontreusement installée une distance entre la communauté gabonaise résidente et notre Ambassade.
Ce qui a été fortement préjudiciable à la mission de protection consulaire dans cet environnement où le besoin d’accompagnement est crucial pour nos jeunes compatriotes majoritairement étudiants, souvent confrontés à la rigueur de la politique d’immigration, dès lors que nombre d’entre eux peinent à se conformer aux lois et règlement en vigueur dans le pays.
Ainsi, outre l’animation de la relation diplomatique proprement dite, j’ai dû, dès ma prise de fonction, développer un certain nombre de mécanismes d’assistance consulaire au profit des ressortissants gabonais résidents. Ce message d’appel à l’unité a été positivement accueilli par la communauté dont le sentiment d’abandon a longtemps marqué les esprits.
Pour leur part, les autorités tunisiennes ainsi que le corps diplomatique accrédité en Tunisie ont fait preuve d’une réelle bienveillance, en facilitant mon intégration et une certaine ouverture. Dans cette atmosphère d’installation, le moment le plus marquant aura sans aucun doute été la cérémonie de présentation de mes lettres de créance au à Son Excellence Kaïs Saëd, Président de la République Tunisienne qui m’a gratifié de l’honorable privilège d’être reçu en premier parmi les Ambassadeurs programmés ce 06 novembre 2025.
Suite à la présentation de vos lettres de créance au Président de la République Tunisienne, que peut-on retenir de vos premiers échanges et prises de contact ? Pouvez-vous également nous éclairer sur la situation de la communauté gabonaise dont vous avez la charge ?
La présentation de mes lettres de créance constitue un moment particulièrement important en ce qu’elle consacre une démarche indispensable qui officialise un nouvel Ambassadeur. Pour mon cas, cette cérémonie de présentation des lettres de créance à Son Excellence Kaïs Saëd, Président de la République Tunisienne tenue le 06 novembre 2025 au Palais Présidentiel de Carthage, a été marqué d’un honorable privilège en ce que le Chef de l’État a tenu personnellement à me recevoir en premier parmi la dizaine d’Ambassadeurs programmés.
Au cours de cette cérémonie protocolaire officielle de reconnaissance et légitimation de ma Mission, j’ai découvert un Homme d’État ouvert à l’Afrique et prêt à construire avec le Gabon, une proximité d’intérêts portée par des bases durablement posées par les Pères Fondateurs de notre relation diplomatique qui sont les Présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon et Habib Bourguiba de Tunisie. La qualité de nos échanges ainsi que la durée de l’audience restent des témoignages éloquents de l’excellence de ces relations historiques et fraternelles.
Cette étape, faut-il le rappeler, a permis de relancer pleinement la relation diplomatique et de réaffirmer la volonté commune des autorités gabonaises et tunisiennes de renforcer davantage leur coopération dans plusieurs secteurs stratégiques.
Avec cette prise officielle des fonctions, l’une des premières actions a été d’impulser une dynamique de cohésion associative qui, à l’image des organisations d’autres diasporas gabonaises, a permis de mettre en place deux cadres de concertation et de solidarité. L’un fédératif appelé « Conseil des Gabonais de Tunisie (C.G.T.) », regroupant l’ensemble des quelques mille (1 000) compatriotes vivants dans ce pays (étudiants, stagiaires, professionnels, mariés), autour des valeurs caritatives et humanitaires d’entraide, de d’équité et de fraternité. Et l’autre essentiellement composée d’étudiants et de stagiaires, dénommé « Association des Étudiants et Stagiaires Gabonais en Tunisie (A.E.S.G.T.) ».
Cet important travail de concertation engagé avec les différents acteurs de la communauté a abouti à l’organisation des élections des bureaux des deux entités. L’unité et la cohésion de la communauté devenues désormais un fait tangible a été particulièrement constatée lors de la première édition des Journées Culturelles du Gabon organisées les 24 et 25 avril derniers, qui ont démontré la capacité de notre communauté à se rassembler autour des valeurs de solidarité et de fraternité.
Il convient par ailleurs de relever que notre communauté évolue dans un contexte marqué par les défis liés à la question migratoire. Cela est rudement vécu par certains de nos étudiants qui rencontrent des difficultés administratives liées notamment au renouvellement de leurs titres de séjour, souvent en raison de retards dans le règlement des frais de scolarité.
A ce titre, je voudrais profiter de cette tribune pour un cri d’alarme à l’endroit des familles et de l’Agence Nationale des Bourses du Gabon (ANBG) de manière à envisager des dispositions diligentes de prise en charge et, ainsi abréger les difficultés de ces jeunes compatriotes confrontés à la rigueur de la règlementation tunisienne en matière d’immigration.
Les seuls efforts de l’Ambassade qui se limitent une assistance consulaire permanente, en intervenant régulièrement auprès des services de police, des juridictions et des établissements pénitentiaires chaque fois que nécessaire afin de protéger les droits de nos compatriotes, ne sauraient permettre des injonctions à la souveraineté d’un État.
Nous demeurons également très vigilants face aux actes de discrimination ou aux agressions à caractère raciste qui peuvent parfois survenir. Malgré des moyens limités et l’absence de ressources spécifiquement dédiées à ces situations, nous nous efforçons d’apporter un accompagnement circonstanciel à nos compatriotes.
Enfin, ces premiers mois ont également été consacrés à la promotion économique du Gabon. Nous avons reçu plusieurs investisseurs tunisiens intéressés par les opportunités qu’offre notre pays, notamment par des réformes engagées et des grands projets initiés par le Chef de l’État dans le cadre du Plan National de Croissance et de Développement (PNCD).
À cet égard, l’organisation de missions économiques menées par des opérateurs tunisiens constitue un signal encourageant dont les retombées devraient se concrétiser par la signature des conventions d’investissement et des partenariats.
Au vu des missions qui vous ont été assignées par les plus hautes autorités, quelles sont les premières mesures que vous avez prises dès votre arrivée en Tunisie, tant à l’endroit de vos proches collaborateurs que de nos compatriotes ?
À mon arrivée en Tunisie, j’ai hérité d’une Ambassade confrontée à un climat social particulièrement tendu. Cette situation résultait de nombreuses réclamations adressées aussi bien à l’Inspection Générale du Ministère gabonais des Affaires Étrangères qu’au Ministère tunisien des Affaires Étrangères et relayées sur les réseaux sociaux. Ce climat a généré une perte de confiance et des tensions internes qui ont instauré un véritable sentiment de frustration et un malaise généralisé.
Face à cette réalité, il m’est apparu indispensable d’engager dès ma prise de fonctions un dialogue franc et permanent avec l’ensemble des parties prenantes. L’objectif n’était pas seulement de rechercher des solutions aux difficultés rencontrées, comme c’est le cas dans beaucoup de nos Missions Diplomatiques, mais également de restaurer l’écoute et la confiance.
Au fil du temps et dans la mesure de nos possibilités, des initiatives simples mais significatives ont été mises en place afin d’alléger certaines charges du quotidien et de renforcer l’esprit d’équipe : soutien ponctuel aux agents en difficulté, gestes de solidarité entre collègues, célébration des événements familiaux et valorisation du travail accompli par chacun.
Si les contraintes budgétaires n’ont pas encore permis de résorber totalement les difficultés, ma conviction demeure que l’efficacité d’une Mission Diplomatique repose avant tout sur la maitrise des enjeux et sur la qualité des personnels qui l’animent. C’est pourquoi je continue à œuvrer pour faire de l’Ambassade un cadre de travail fondé sur la confiance, la responsabilité et l’esprit de famille.
Aussi m’a-t-il semblé essentiel dès mon arrivée de restaurer, d’abord un climat de de cohésion et de sérénité au sein de la communauté, et ensuite de booster une dynamique de résultats dans les principales actions relevant de chaque poste diplomatique de l’Ambassade. Avec l’ensemble des collaborateurs, nous avons procédé à une évaluation approfondie des dossiers prioritaires afin d’améliorer l’efficacité du service et de garantir une meilleure image du Gabon.
Parallèlement, en instaurant une culture de proximité et de dialogue permanent, j’ai multiplié les rencontres avec la dispora gabonaise afin de mieux comprendre les attentes de chacun. L’objectif visé est que chaque Gabonais vivant en Tunisie considère l’Ambassade comme une institution ouverte, accueillante et pleinement engagée à ses côtés.
Quel est l’état actuel des relations bilatérales entre le Gabon et la Tunisie ?
Après plus d’un d’une année en poste, mon regard est globalement positif. Ce qui confirme la qualité excellente des relations entre le Gabon et la Tunisie qui reposent sur des liens historiques d’amitié, de respect mutuel, confortées par un dialogue politique régulier et une collaboration dans plusieurs domaines stratégiques tels que l’enseignement supérieur, la santé, la formation professionnelle, les technologies de l’information et la coopération économique.
A ce jour, deux axes principaux sous-tendent la relation bilatérale entre notre pays et la Tunisie ; à savoir la coopération académique qui s’illustre par la présence dans les différents bassins universitaires de Tunisie d’un grand nombre d’étudiants et de stagiaires et, la coopération sanitaire par le biais d’une convention qui, au regard de la qualité du plateau technique et de l’expertise médicale de haute facture de la Tunisie, lie la Caisse Nationale d’Assurance Maladie du Gabon (CNAMGS) et des opérateurs tunisiens spécialisés dans les évacuations sanitaires.
Notre responsabilité est de consolider ces acquis et de développer de nouveaux partenariats capables d’accompagner les ambitions de développement de nos deux États. Il s’agit de renforcer le dialogue avec nos partenaires institutionnels et d’orienter le plus clair des actions sur la diplomatie économique ; mais aussi d’explorer divers nouveaux axes mutuellement bénéfiques, portant sur des expertises et des potentialités dont disposent l’un et l’autre pays et, devant être exploitées dans le cadre d’un codéveloppement.
Tout en saluant la longue tradition de coopération bilatérale qui encadre une vision diplomatique partagée par nos deux États, je voudrais particulièrement faire état d’un certain nombre d’échanges que j’entreprends régulièrement avec les acteurs économiques, le patronat et certains groupements d’entreprises.
Parmi ces potentiels partenaires figure Tunisia Africa Business Council (TABC), l’Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA), la Confédération des Entreprises Citoyenne de Tunisie (CONCET) et le Centre de Promotion des Investissements, tous acteurs économiques de référence qui s’inscrivent dans une vision panafricaine durable avec des perspectives d’une prospérité partagée.
Monsieur l’Ambassadeur, quel sera votre mot de la fin ?
Pour terminer, je voudrais réaffirmer l’engagement total de l’Ambassade à servir avec dévouement les intérêts du Gabon et de ses ressortissants en Tunisie. J’invite ainsi nos compatriotes à demeurer unis, solidaires et respectueux des lois du pays d’accueil, tout en continuant à promouvoir une image positive et exemplaire du Gabon.
Je tiens à remercier les autorités tunisiennes pour leur disponibilité et leur coopération constante, ainsi que Son Excellence Monsieur le Président de la République, Madame le Ministre des Affaires Étrangères de la Coopération et de l’intégration chargé de la Diaspora pour la confiance qu’ils ont placée en ma personne en me confiant cette Mission.
Que la Centrale et l’ensemble des Institutions de la République soient assurés que nous continuerons à œuvrer avec détermination au renforcement des relations d’amitié et de coopération entre le Gabon et la Tunisie, tout en veillant à la protection et au bien-être de notre communauté. Ces deux axes constituent un engagement ferme, constant et infaillible.
Je vous remercie.
Propos recueillis par le Service « AM »Direction Centrale de la Communication du Ministère des Affaires Étrangères.






