"Gabon Infini" : Rodrigue Abourou Otogo revient sur les coulisses de l’accord historique de 200 millions USD pour la biodiversité

8 septembre 20260
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Expert des questions d’environnement, ancien Directeur de l’Environnement, ancien député et ancien conseiller,chef de département éaux et forêts et tourisme à la primature Rodrigue Abourou Otogo est aujourd’hui en poste à son administration d’origine. Il a joué un rôle central dans le pilotage du Programme de Financement pour la Permanence - PFP, baptisé "Gabon Infini", dont l’accord a été signé à Makokou dans la province de l’ogooue Ivindo entre le gouvernement gabonais et les ONG The Nature Conservancy et le Fonds de Préservation de la Biodiversité au Gabon

Dans un entretien, Rodrigue Abourou Otogo revient sur la gestion de ce dossier stratégique visant à mobiliser jusqu’à 200 millions de dollars américains sur les 10 à 15 prochaines années au profit des communautés et de la conservation.

Un accord né de l’engagement "30-30-30" de 2022

Pour Rodrigue Abourou Otogo, cet accord s’inscrit directement dans l’engagement pris par le Gabon en 2022 lors de la COP Biodiversité : préserver 30% des espaces terrestres, marins et lacustres du pays. C’est ce qu’on appelle l’objectif "30-30-30".

"En 2023, des négociations ont été menées avec The Nature Conservancy, TNC, partenaire technique américain. L’idée était d’accompagner le Gabon dans la mise en œuvre de cet engagement", explique-t-il.

Le mécanisme principal retenu est le "Blue Bond" ou "Obligation Bleue". Concrètement, sur une dette d’environ 500 millions USD que le Gabon avait auprès de créanciers américains, une partie des intérêts a été renégociée pour financer directement la politique de préservation du pays.

4 mois pour opérationnaliser un fonds et un programme

Nommé conseiller du Premier ministre,et chef du département eaux et forets et tourisme, Rodrigue Abourou Otogo a eu la charge de rendre le dispositif opérationnel avant la date butoir du 1er octobre 2024, sous peine de pénalités.

"J’ai eu 4 à 6 mois pour organiser tout ça. Il fallait que le Fonds pour la Préservation de la Biodiversité fonctionne : Conseil d’Administration en place, Directeur Général recruté, activités lancées", précise-t-il.

Il salue à ce titre le travail de Mme Yasmine Tchoua-Twetevo, coordinatrice de Gabon Infini, ancienne consultante TNC devenue sa "conseillère" dans le processus. Il félicite également Edgardine Mwapaza la coordonnatrice du Fonds Bezos et l’implication du *Ministre des Eaux et Forêts.

Deux comités de pilotage ont été mis en place : un pour le volet "Blue Bond" et un pour le volet terrestre du PFP. L’autre chantier majeur est le Plan Spatial Maritime - PSM, indispensable pour préserver les 30% de l’espace marin.

Au-delà des financements liés à la dette, le PFP vise à attirer d’autres bailleurs. "Dans le fonds, on a déjà le Fonds Bezos avec une dotation de 20 millions USD. C’est la logique de ce qui est discuté depuis . C’est la continuité", souligne l’expert.

Son souhait : lier conservation et écotourisme

S’il se félicite de l’avancée du dossier, Rodrigue Abourou Otogo partage aussi une vision personnelle pour la suite. Pour lui, la priorité doit désormais être donnée au lien entre conservation et développement.

"Nous avons un secteur d’écotourisme : nos gorilles, nos éléphants, nos parcs, nos chutes. L’ANPN gère les parcs et à côté vous avez l’agence de promotion de l’écotourisme. Ma priorité quand je pilotais le comité, c’était de dire : pourquoi ne pas les mettre ensemble pour booster ce secteur ? Si on veut préserver, il faut qu’on cancelle sur la route de l’écotourisme", conclut-il.

Avec la signature de Makokou, le Gabon dispose désormais des outils financiers un et institutionnels pour tenir son engagement. Reste à transformer ces 200 millions USD en résultats concrets sur le terrain pour les communautés et la biodiversité.

Justin BITEGHE

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