Démographie, immigration et souveraineté : les choix qui attendent le Gabon 3 518 621 habitants

2 septembre 20260
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C’est la population présente au Gabon selon les données publiées par la Cour constitutionnelle. Un chiffre significatif lorsqu’on le compare aux résultats du dernier recensement général de la population réalisé en 2013. Il convient d’abord de saluer le travail accompli par les équipes du ministère de la Planification et la prospective.

Cette opération répond à une attente forte d’une partie de la population gabonaise qui, depuis de nombreuses années, cherchait à connaître avec plus de précision le nombre de personnes vivant sur notre territoire. Parmi les données rendues publiques, deux chiffres méritent une attention particulière : 2 318 365 et 1 200 256.

Le premier correspond au nombre de Gabonais présents sur le territoire national, tandis que le second représente le nombre d’étrangers vivant au Gabon. Ces données indiquent donc qu’environ 35 % des personnes résidant dans notre pays sont de nationalité étrangère.

Au-delà de leur importance statistique, ces chiffres nous invitent à réfléchir au pays que nous souhaitons construire dans vingt ou trente ans. Les choix réalisés aujourd’hui en matière d’éducation, de formation, d’emploi ou encore d’immigration entraîneront des conséquences durables sur la composition de la population et sur la capacité du Gabon à assurer son développement.

Une proportion de près de 35 % d’étrangers au sein de la population résidente dans un pays constitue une réalité démographique remarquable. Une telle situation conduit naturellement à s’interroger sur les équilibres futurs du pays, la cohésion sociale, la transmission d’un socle commun de valeurs et la capacité des pouvoirs publics à anticiper les évolutions de la société gabonaise.

Cette réalité ne saurait cependant expliquer à elle seule les difficultés auxquelles le Gabon est confronté. Le chômage, les insuffisances du système éducatif, le déficit de logements ou encore les limites de certains services publics trouvent leurs origines dans des facteurs multiples, souvent économiques, structurels ou institutionnels.

L’histoire du Gabon témoigne d’ailleurs de l’apport de populations venues d’horizons divers qui ont accompagné la construction de notre économie et le développement de plusieurs secteurs stratégiques. Notre pays a souvent fait le choix de l’ouverture lorsque ses besoins en main-d’œuvre ou en expertise l’exigeaient.

Toutefois, il est légitime de s’interroger aujourd’hui sur l’impact réel de cette forte présence étrangère au regard des résultats obtenus en matière de développement. En effet, si près de 35 % de la population résidente est de nationalité étrangère, le Gabon continue pourtant de faire face à des défis importants en matière de chômage, de formation, de diversification économique ou encore de qualité des services publics.

La question n’est donc pas uniquement celle du nombre, mais aussi celle de la contribution effective de l’immigration aux priorités nationales. La stratégie de transformation économique engagée par les plus hautes autorités de l’État nécessitera encore, pendant plusieurs années, le recours à des compétences étrangères dans certains domaines spécialisés.

L’industrie, les mines, la métallurgie, l’énergie, le numérique ou les infrastructures exigent des qualifications que notre système de formation ne produit pas encore en nombre suffisant. Cependant, le développement économique ne peut cependant être pensé indépendamment de la réalité démographique du pays.

Dans un contexte où les étrangers représentent déjà près de 35 % de la population résidente, une augmentation importante et durable de cette proportion pourrait soulever, à long terme, des questions relatives à l’équilibre démographique, à l’accès à l’emploi, à la cohésion nationale ou encore à la représentation sociale.

Ces interrogations méritent d’être examinées avec sérénité, loin des passions et des caricatures. Face à ces défis, il apparaît nécessaire de construire une stratégie nationale articulée autour de plusieurs priorités complémentaires.

Le premier consiste à mettre en œuvre une politique nataliste et familiale ambitieuse. La question démographique est avant tout une question de souveraineté. Il est nécessaire d’améliorer la prise en charge médicale des femmes enceintes, de renforcer la formation des sage-femmes et de l’ensemble du personnel intervenant dans le processus de naissance.

Une mortalité maternelle élevée ou la peur de complications médicales constituent des freins réels à l’agrandissement des familles. Cette politique devrait également s’appuyer sur des mesures concrètes destinées à soutenir durablement les familles notamment l’allongement des congés de maternité dans les secteurs public et privé avec maintien intégral et versement à temps du salaire, la mise en place d’un accompagnement financier bénéficiant à toutes les familles, à partir du deuxième ou troisième enfant, sans distinction de statut professionnel ainsi que des mécanismes d’aide permettant de soutenir l’enfant jusqu’à sa majorité pourraient constituer des instruments efficaces pour encourager la natalité, au deuxième ou troisième enfant.

Nous devons aussi considérer l’accès au logement, la stabilité de l’emploi, l’accompagnement des jeunes couples et des mères isolés comme des investissements stratégiques pour l’avenir du pays. Le deuxième pilier reposera sur la définition d’une politique migratoire claire, adaptée aux besoins du pays et régulièrement réévaluée.

Tous les cinq ans, le Parlement pourrait être appelé à débattre des orientations migratoires nationales afin d’ajuster les dispositifs aux réalités économiques, sociales et démographiques du moment. Cette réflexion ne peut toutefois être menée sans tenir compte de l’environnement régional du Gabon.

Au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, les mouvements de populations sont appelés à s’intensifier sous l’effet de l’intégration régionale et des échanges économiques. Une coopération renforcée avec les États voisins en matière de contrôle des frontières, d’échange d’informations, de lutte contre l’immigration irrégulière et de gestion concertée des flux migratoires apparaît dès lors indispensable.

La maîtrise des mouvements de population ne peut être uniquement nationale ; elle doit également être pensée à l’échelle régionale afin de préserver les équilibres de chaque État tout en favorisant le développement partagé. Le troisième pilier concerne l’éducation et la formation.

Le Gabon doit repenser son modèle éducatif afin qu’il réponde davantage aux besoins de son économie. Les métiers techniques, scientifiques et professionnels devront occuper une place plus importante dans les politiques de formation afin d’accompagner efficacement les mutations économiques à venir.

Le quatrième pilier pourrait être la mobilisation de la diaspora gabonaise. La première réserve stratégique de compétences n’est peut-être pas à rechercher au-delà de nos frontières, mais parmi les Gabonais eux-mêmes établis à l’étranger. Leur expérience, leurs réseaux et leur expertise constituent un potentiel considérable qui demeure encore insuffisamment valorisé.

Des mécanismes de retour, de mentorat, de transfert de compétences ou de contribution à distance pourraient renforcer leur participation au développement national. Le cinquième pilier concerne la gouvernance des questions migratoires et de sécurité intérieure.

Une meilleure coordination entre les administrations chargées du contrôle des frontières, de la gestion des titres de séjour, du suivi des flux migratoires et de la sécurité du territoire permettrait de renforcer l’efficacité de l’action publique. La création d’un ministère de la Sécurité intérieure et de l’Immigration avec en son sein la police, la douane gabonaise et la marine nationale pourrait être étudiée dans cette perspective.

Notre défi consiste à trouver un équilibre entre ouverture et maîtrise, entre attractivité économique et préservation des intérêts nationaux. Aucune nation ne peut durablement prospérer sans une vision claire de son avenir humain. Voulons-nous être un pays qui subit les évolutions démographiques ou un pays qui les anticipe, les organise et les met au service de son développement ?

Jordan Samuel NGANGA
Membre de la diaspora au Canada

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