Église Évangélique du Gabon : que le Ntem choisisse l’unité plutôt que les divisions
À l’approche du prochain Synode national de l’Église Évangélique du Gabon (EEG), un sentiment d’espérance habite de nombreux fidèles. Mais cette espérance s’accompagne également d’une exigence : celle de demeurer fidèles à l’esprit et à la lettre des textes qui fondent notre Église et garantissent son unité.
Selon la Constitution et la Charte de réunification de l’EEG, la responsabilité de conduire notre Église est attribuée de manière rotative aux différentes Régions synodales. Ce mécanisme, fruit d’une vision inspirée et d’un compromis historique, vise à préserver l’équilibre institutionnel, à consolider l’unité de l’Église et à permettre à chacune de ses composantes de contribuer à son édification.
Après l’Ogooué-Estuaire, l’Ogooué-Ivindo Sud-Est et le Woleu-Ntem, voici venu le tour de la Région synodale du Ntem d’assumer cette noble responsabilité. Il s’agit d’un privilège, certes, mais surtout d’un devoir.
Le Ntem est aujourd’hui placé devant l’histoire.
Il lui appartient de démontrer que la maturité spirituelle est supérieure aux calculs humains, que la communion fraternelle l’emporte sur les intérêts particuliers et que le service de l’Église demeure au-dessus des ambitions personnelles.
L’idéal serait que les filles et fils du Ntem sachent se rassembler autour d’un consensus responsable, guidé par des critères objectifs : l’intégrité morale, la profondeur spirituelle, les compétences académiques, l’expérience pastorale et la capacité à fédérer l’ensemble de l’Église.
Mais si un tel consensus ne pouvait émerger, nos textes prévoient avec sagesse une alternative démocratique : l’élection à bulletin secret par les délégués du Synode.
Cette éventualité ne doit inquiéter personne. Bien au contraire. Elle constitue l’une des garanties de notre maturité institutionnelle.
Il convient d’ailleurs de rappeler avec force que la réglementation de l’EEG ne prévoit ni campagnes électorales anticipées, ni déclarations publiques de candidatures avant le Synode. Les candidatures sont appelées et enregistrées par le Présidium au cours même des travaux synodaux. Cette disposition n’est pas un détail procédural. Elle traduit une volonté claire des pères de la réunification : protéger l’Église des influences et des pratiques du monde séculier.
L’Église n’est pas un parti politique.
L’Église n’est pas un terrain de conquête.
L’Église est avant tout une communauté de foi appelée à rechercher la volonté de Dieu dans un climat de prière, d’écoute et de discernement.
C’est pourquoi certaines tendances observées ces derniers temps méritent d’être questionnées avec responsabilité. Parmi elles figure l’apparition d’un discours tendant à subdiviser la Région synodale du Ntem entre un prétendu « Nord » et un prétendu « Sud ».
Il faut le dire clairement : cette subdivision n’existe dans aucun texte de l’Église Évangélique du Gabon.
Ni la Constitution, ni la Charte de réunification, ni l’organisation officielle de l’EEG ne reconnaissent une telle distinction.
Notre cartographie ecclésiale est connue de tous. Elle identifie le Ntem comme une Région synodale unique et indivisible. Introduire des catégorisations parallèles, même au nom des usages ou des habitudes locales, revient à créer des lignes de fracture qui ne reposent sur aucun fondement juridique ou ecclésiologique.
Le risque est grand de voir naître des oppositions artificielles là où l’Église appelle à la communion.
Le risque est grand de fragiliser l’unité là où les textes consacrent la cohésion.
Le risque est grand, enfin, d’offrir un spectacle contraire au témoignage que l’Église doit rendre au monde.
Plus que toute autre institution religieuse du pays, l’Église Évangélique du Gabon porte une responsabilité historique particulière. Doyenne des institutions religieuses du Gabon et référence majeure du protestantisme en Afrique centrale, elle est observée, respectée et souvent prise en exemple.
Son comportement dans les moments décisifs doit refléter cette histoire et cette responsabilité.
Le Synode qui s’annonce ne doit donc pas être celui des rivalités, des clans ou des appartenances géographiques.
Il doit être celui de la foi, du discernement et de l’unité.
Aux fils et filles du Ntem, je lance un appel fraternel : faisons preuve de sagesse. Refusons les divisions inutiles. Respectons les textes que nous avons librement adoptés. Préservons l’héritage légué par les artisans de la réunification.
Que notre région offre à l’ensemble de l’Église une démonstration éclatante de maturité spirituelle et institutionnelle.
Que l’intérêt supérieur de l’EEG prime sur toute autre considération.
Et que, dans ce moment historique, chacun puisse se souvenir que les fonctions passent, mais que l’Église demeure.
L’unité demeure.
Et la mission du Christ demeure.
A/E.Eugène-Boris ELIBIYO
Observateur de la vie ecclésiale et fidèle de l’Église Évangélique du Gabon






