Flavien Nzengui Nzoundou : l’ indestructible de Lebamba
À Lebamba, certains ne font pas de la politique : ils l’endurent, la traversent et en ressortent vivants. Le général Flavien Nzengui Nzoundou est de cette trempe-là.
Sous l’ère d’Omar Bongo Ondimba, il s’impose comme l’un des piliers incontournables du PDG dans la province. Il finance, il fédère. Quand d’autres cherchent à brader la boutique locale, lui tient fermement la barre. Son nom pèse, son argent circule, son entregent fascine. On le consulte, on le sollicite pour obtenir l’oreille du Président.
Cette ascension logique le mène droit aux portes du gouvernement en 2007, puis vers une candidature naturelle au Sénat en 2009.
C’est pourtant là que le destin bascule.
La fissure et le désamour
Cette élection sénatoriale de 2009, qu’il imaginait comme un sacre, se transforme en un piège brutal. Le sol se dérobe sous ses pieds. Les alliances se fissurent, les soutiens s’évaporent et les langues se délient. Le tout se joue dans les derniers soubresauts du pouvoir d’Omar Bongo, un patriarche affaibli par la maladie, mais dont l’œil reste obstinément rivé sur les secrets du pays lui demande de faire attention à son entourage qu’il biberonne.
Hier grand donateur, le général se retrouve soudain cloué au pilori. On lui reproche ses ambitions trop visibles, sa loyauté devient suspecte, son influence dérange. Le mot d’ordre des nouveaux maîtres du jeu est clair : sous Ali Bongo Ondimba, Flavien Nzengui Nzoundou ne doit plus peser.
La mort d’Omar Bongo achève de sceller sa marginalisation. En quelques mois à peine, l’homme fort de Lebamba devient la cible idéale.
Rumeurs rampantes, mises à l’écart orchestrées par ses propres proches, candidatures rivales nées dans son dos... Tout est mis en œuvre pour le rayer définitivement de la carte politique.
L’art d’encaisser en silence
Mais Nzengui Nzoundou refuse de jouer les victimes. Face à la tempête, il serre les dents, se tait et encaisse.
Là où d’autres auraient crié à la trahison ou tenté une surenchère théâtrale, lui reste ancré dans le sol. Ce n’est pas du calcul ; c’est une question de tempérament.
Les scrutins suivants ne lui feront aucun cadeau. Ce sont des revers, encore et encore. Ce sont les mêmes intrigues locales, les mêmes inimitiés de clocher et les mêmes calculs mesquins qui le privent d’une victoire qu’il touche pourtant du doigt.
Et pourtant, il ne flanche pas. Après chaque défaite, on le recroise au marché, on l’entend dans les réunions de quartier, on le voit sur les chantiers qu’il continue de financer de sa propre poche. Il ne fuit pas Lebamba. Il n’abandonne pas son rôle. Il attend son heure, sans un bruit.
Le prix de la constance
L’avènement du général Brice Clotaire Oligui Nguema le ramène un instant sous le feu des projecteurs. Mais les vieux démons de la politique ont la peau dure : très vite, les soupçons renaissent, on le contourne, on tente à nouveau de réduire son espace. Rien de nouveau sous le soleil de Lebamba. Alors, une fois de plus, il encaisse.
Le parcours de Flavien Nzengui Nzoundou n’a rien d’une success-story hollywoodienne.
C’est la chronique brute d’une survie en milieu hostile. Il n’a peut-être pas gagné les batailles que la foule attendait de lui, mais il a réussi l’essentiel : il n’a jamais déserté le champ d’honneur.
Et c’est là sa plus belle victoire : rester debout quand tout le reste pousse à s’asseoir. À Lebamba, sa silhouette fait partie du décor. On peut le battre, certes, mais on ne pourra jamais le faire disparaître.
L’empreinte de la pierre et de la terre
Car l’enracinement du général n’a rien de virtuel : il est gravé dans le béton et le quotidien de Lebamba.
Là où ses détracteurs se perdent en discours, lui bâtit. Des stades et un gymnase pour la jeunesse, les ondes de la radio communautaire Malebe FM, les écrans de Lowa Télévision, une station-service, un complexe de loisirs (boîtes de nuit plus hôtel), et ce mini-marché en passe de s’achever... Son action colle à la terre, littéralement, à travers plus de vingt hectares de vergers, des bassins de pisciculture et des tracteurs qui modernisent les champs.
Face à ce bilan de pierre et de sueur, la rhétorique de ses adversaires sonne creux.
En se rendant indispensable au développement de sa localité, Flavien Nzengui Nzoundou met à nu la jalousie stérile de ceux qui critiquent sans jamais rien fonder.
On ne détruit pas un homme qui s’est rendu utile ; on n’efface pas une œuvre qui fait vivre la cité.
JJS






