"Huile frelatée au Gabon : la DGSS frappe, mais l’Etat reste au banc des accusés" Étienne Makoungou, Penseur Libre de Lowa)

24 juillet 20260
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Un réseau clandestin, des Chinois et des Indiens, une usine de fortune dans les ruines de l’ex-SOCIGA, et des tonnes d’huile impropre à la consommation écoulées pendant trois ans.

La DGSS a démantelé le système. Mais une question subsiste, plus corrosive encore : comment ce poison a-t-il pu couler si longtemps sans que personne ne voie rien ?
Le poison était dans nos assiettes depuis trois ans

L’opération a été saluée comme un succès. La DGSS annonce avoir démantelé un réseau de fabrication d’huiles frelatées. Le théâtre de l’opération : les locaux vides et oubliés de l’ancienne SOCIGA, transformés en laboratoire clandestin.

Durant près de trois ans, ce réseau — composé de ressortissants chinois et indiens, selon les premières informations — a reconditionné des huiles impropres à la consommation. Des bidons Viking, revêtus d’étiquettes contrefaites (Palm’or, Huile Rose), prenaient le chemin des cuisines gabonaises. Des tonnes de produit toxique, écoulées sur tout le territoire grâce à une logistique bien huilée.

Sauf que si la DGSS a frappé, le mal, lui, a déjà coulé. Dans les corps aussi.
« Elle mousse bizarrement  » : des femmes ont donné l’alerte avant l’État
Car ce n’est pas un laboratoire officiel qui a tiré la sonnette d’alarme. Ce sont des femmes, dans leurs cuisines, qui ont remarqué que l’huile se comportait anormalement.

Une mousse suspecte, une odeur étrange, une cuisson qui tourne mal. Leur instinct a fait ce que les services de contrôle n’ont pas fait depuis trois ans.
Ces femmes ont ouvert l’œil. Elles ont parlé. Et c’est seulement après leur alerte que l’appareil étatique s’est mis en branle.

Trois ans d’impunité : où étaient les garde-fous ?

Trois ans. C’est le temps qu’il a fallu pour que les autorités mettent la main sur ce réseau. Trois ans pendant lesquels des conteneurs entiers sont entrés, ont été transformés, distribués, consommés. La question est simple, et elle fâche : où étaient les douanes ? Où était l’AGASA, censée veiller sur ce que nous avalons ?

Des locaux abandonnés de la SOCIGA transformés en usine à poison : personne n’a rien vu ? Des camions qui chargent et déchargent des bidons en quantités industrielles : personne n’a rien signalé ?

Le réseau a été démantelé, certes. Mais son existence même est un aveu d’échec.
« Soyez vigilants  » : le cynisme de l’impuissance

Plutôt que de répondre à ces interrogations, l’État renvoie la balle aux citoyens. Le message officieux : apprenez à repérer vous-même les huiles frelatées. Comme si la protection sanitaire relevait désormais du bon sens individuel.

C’est un renversement des rôles. La loi, les services, les laboratoires, les douanes : tout cela a été institué précisément pour que le citoyen n’ait pas à jouer les enquêteurs dans sa propre cuisine.

Cette consigne de « vigilance » est un aveu. Celui d’un système de contrôle qui a failli, ou pire, qui a fermé les yeux.

Complicités ou négligences : il faut des réponses

Pour qu’un réseau tienne trois ans, pour qu’une cargaison interdite franchisse les frontières sans encombre, pour que des bidons contrefaits inondent les marchés, des complicités ont été nécessaires. Volontaires ou par négligence, peu importe : le résultat est là.

Les Gabonais veulent savoir. Qui a laissé faire ? Quels verrous ont sauté ? Y a-t eu des autorisations suspectes, des pots-de-vin, des protections ?

Aujourd’hui, le silence des institutions nourrit les pires soupçons.
Le marché livré aux prédateurs
Derrière ce scandale sanitaire, c’est toute une fragilité structurelle qui apparaît. Les grandes surfaces se raréfient, les circuits informels prospèrent. Les commerçantes locales, elles, étouffent sous les taxes et les paperasses, pendant que des marques low cost venues d’ailleurs s’installent, captent la clientèle, puis augmentent les prix.

Le consommateur est pris au piège : entre des produits hors de prix et des bidons douteux, il n’a plus aucun repère.

Les solutions urgentes réclamées par la population

La colère ne retombera pas avec un simple communiqué. Les Gabonais exigent des actes forts :
· Des enquêtes judiciaires approfondies ciblant importateurs, grossistes et grandes surfaces, avec auditions publiques et poursuites en cas de complicité.

· Des sanctions exemplaires — financières et pénales — ainsi qu’un plan d’indemnisation pour les victimes exposées à ces produits toxiques.

· La création d’une centrale d’achat publique pour garantir aux Gabonais des produits de première nécessité contrôlés, traçables et accessibles.
Protéger la population, c’est le devoir de l’État.

La sécurité alimentaire n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental. L’État ne peut plus se contenter de constater les dégâts et de renvoyer le citoyen à sa propre prudence.

La DGSS a fait son travail en démantelant ce réseau. Mais un coup de filet, aussi spectaculaire soit-il, n’efface pas trois années de laisser-faire. Si les institutions continuent d’éluder leurs responsabilités, qui paiera le prix ? Le Gabonais, toujours.
Parfois, avec sa santé. Et ça, on ne l’accepte plus.

Étienne MAKOUNGOU, Penseur Libre de Lowa

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