Le dialogue républicain ne doit pas servir de justification à la confusion entre le Parti et L’Etat
Monsieur Patrice Moundounga Mouity,
J’ai pris connaissance de votre longue tribune. Je constate malheureusement que, malgré les nombreuses lignes que vous consacrez à mon propos, vous continuez à répondre à une question que je n’ai jamais posée.
Je vais donc reprendre les choses simplement, parce qu’il est important de ne pas entretenir la confusion dans le débat public.
Premièrement, je n’ai jamais contesté le droit du Président de la République de recevoir le PDG, l’opposition ou toute autre formation politique.
Le Président de la République est le Président de tous les Gabonais. Il peut recevoir qui il souhaite, écouter toutes les sensibilités politiques et favoriser le dialogue national. C’est précisément ce que j’attends d’un Chef d’État.
Mais le droit de recevoir un parti politique ne signifie pas que toutes les modalités de cette réception deviennent automatiquement républicaines.
C’est là que se situe notre désaccord.
Deuxièmement, vous parlez de dialogue républicain, mais encore faut-il savoir ce qui relève véritablement du dialogue républicain.
Lorsqu’un Président reçoit les formations politiques pour discuter de la Constitution, du Code électoral, de la loi sur les partis politiques, de l’organisation des élections ou de grandes orientations nationales, nous sommes bien dans une démarche républicaine. Ces sujets concernent l’ensemble de la Nation et engagent l’avenir de nos institutions.
En revanche, lorsqu’une formation politique se rend au Palais présidentiel en arborant ses couleurs partisanes pour discuter de ses préoccupations internes, de son congrès et des moyens ou des appuis nécessaires à son organisation, il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que nous sommes dans un registre différent.
On passe du dialogue institutionnel au dialogue partisan.
Et ce n’est pas parce que cette rencontre se déroule au Palais présidentiel qu’elle devient automatiquement républicaine dans son objet et dans sa mise en scène.
Le caractère républicain d’une rencontre ne se décrète pas. Il s’apprécie aussi au regard de son objet, de son cadre et des symboles qu’elle véhicule.
Vous me demandez où se trouve le problème. Je vous réponds : dans cette confusion que certains semblent ne plus vouloir voir entre les affaires d’une formation politique et les responsabilités de l’État.
Troisièmement, votre rappel historique ne répond pas à la question que je soulève.
Vous évoquez feu Omar Bongo Ondimba, la Conférence nationale, le Père Paul Mba Abessole et la participation de personnalités de l’opposition au gouvernement en 2002.
Mais quel rapport direct ces exemples ont-ils avec la situation que je questionne ?
Je n’ai jamais affirmé qu’un Président de la République ne devait pas dialoguer avec les partis politiques. Notre histoire politique démontre au contraire que le dialogue entre le Chef de l’État et les différentes sensibilités politiques est nécessaire.
Cependant, les exemples que vous citez concernent des processus de dialogue politique, de concertation nationale ou de participation à la gestion des affaires publiques. Ils ne démontrent pas que les réunions consacrées à la vie interne d’un parti, à son congrès et à son organisation doivent être mises en scène au Palais présidentiel avec les couleurs de cette formation.
Avez-vous déjà vu une distinction aussi élémentaire devenir aussi difficile à comprendre ?
Je ne conteste pas l’histoire du PDG. Je ne conteste pas davantage son droit à poursuivre ses activités politiques. Je demande simplement que l’on distingue les espaces et les responsabilités.
Quatrièmement, vous semblez confondre l’identité des citoyens avec la symbolique d’une institution.
Je n’ai jamais demandé aux militants du PDG d’abandonner leur identité politique pour rencontrer le Président. Ils sont libres de porter leurs pagnes, de revendiquer leur appartenance et de célébrer leur parti.
Mais pourquoi faudrait-il nécessairement afficher les couleurs d’une formation politique au Palais de la République pour démontrer que le Président pratique l’inclusion ?
Le vendredi est consacré au port du pagne africain ? Très bien. Il existe suffisamment de pagnes traditionnels pour valoriser notre culture sans transformer une audience présidentielle en vitrine partisane.
Le Palais appartient à tous les Gabonais. C’est précisément pour cette raison que ses symboles doivent être préservés de toute confusion partisane.
Et je le répète : si demain l’UDB se rendait au Palais dans les mêmes conditions, avec ses pagnes et ses couleurs, pour discuter de son congrès et de ses besoins d’organisation, je formulerais exactement la même observation.
Ce n’est donc pas une guerre entre l’UDB et le PDG. C’est une question de principes.
Cinquièmement, parlons de cette fameuse hauteur d’un homme d’État.
Vous estimez que le Président a fait preuve de hauteur en recevant le PDG. Je ne lui conteste absolument pas cette qualité. Au contraire, je considère que sa capacité à dialoguer avec toutes les sensibilités politiques est une force pour notre pays.
Mais la hauteur d’un homme d’État ne se mesure pas uniquement à sa capacité de recevoir tout le monde. Elle se mesure également à sa capacité de préserver la distinction entre sa fonction présidentielle et les relations propres à sa formation politique.
L’inclusion ne signifie pas la confusion. L’ouverture politique ne signifie pas l’effacement des frontières institutionnelles.
Sixièmement, je voudrais revenir sur vos propos concernant les députés qui devraient, selon vous, « fermer leur bouche et s’aligner ».
C’est peut-être là que se trouve notre désaccord le plus profond.
Vous estimez qu’un député n’a pas à contredire publiquement son Chef de l’État et qu’il doit s’aligner ou démissionner.
Mais depuis quand le mandat parlementaire consiste-t-il à applaudir systématiquement les décisions de l’Exécutif ?
Un député n’est pas un simple militant chargé de défendre toutes les décisions d’un responsable politique. Il est un élu de la Nation. Il représente les citoyens, participe à l’élaboration de la loi, contrôle l’action du Gouvernement et contribue au débat public.
Le respect des institutions n’exige pas le silence des élus. Il exige au contraire qu’ils exercent leurs responsabilités avec sérieux, indépendance d’esprit et sens de l’intérêt général.
Si toute observation adressée au pouvoir devient un acte d’indiscipline, alors nous ne sommes plus dans une culture démocratique du débat, mais dans une culture de soumission.
Je refuse cette conception du mandat parlementaire.
Enfin, Monsieur Moundounga Mouity, il faut arrêter de tromper nos dirigeants au nom du soutien politique.
C’est précisément ce qui devrait nous interpeller collectivement.
Un Chef d’État n’a pas besoin d’être entouré uniquement de personnes qui applaudissent chacune de ses initiatives. Il a besoin de collaborateurs, de conseillers, de militants et d’élus capables de lui faire remonter les préoccupations, de lui signaler les risques et de lui dire la vérité, même lorsque celle-ci est inconfortable.
À force de vouloir démontrer que nous sommes les soutiens les plus fidèles, nous risquons de transformer le soutien en flatterie et la loyauté en soumission.
Est-ce réellement ce que nous voulons construire après le 30 août 2023 ?
Nous avons dénoncé pendant des années la confusion entre le parti et l’État, la personnalisation du pouvoir et les pratiques qui empêchaient les voix critiques de se faire entendre. Pourquoi faudrait-il aujourd’hui trouver des justifications à des pratiques qui, hier, nous auraient légitimement préoccupés ?
Le Président de la République a une vision pour le Gabon. Il lui revient de la mettre en œuvre dans l’intérêt de tous les Gabonais. Notre responsabilité, en tant qu’élus et acteurs politiques, n’est pas de lui substituer nos propres projets, mais de contribuer à la réussite de son action tout en restant vigilants sur les principes qui fondent notre République.
Je soutiens le dialogue, l’inclusion et la cohésion nationale. Mais je refuse que ces belles notions deviennent des arguments pour justifier indistinctement toutes les pratiques.
Quant à vos appréciations sur mon éducation, ma conscience ou mon prétendu problème d’indiscipline, elles ne répondent en rien au fond du débat. Les attaques personnelles ne remplacent pas une démonstration.
Je terminerai par une question simple : si le PDG, l’UDB ou n’importe quelle autre formation politique souhaite discuter de son congrès, de son organisation interne et de ses besoins matériels, pourquoi ne pas organiser cette rencontre dans les locaux du parti ou dans un cadre politique approprié ?
Et si le Président souhaite recevoir ces mêmes responsables pour discuter des grandes questions nationales, qu’il les reçoive au Palais, dans le cadre de sa fonction républicaine.
Est-ce si difficile de faire cette distinction ?
Je ne suis ni en guerre contre le PDG, ni en rivalité avec l’UDB. Je ne cherche pas à diriger la conscience du Chef de l’État. Je rappelle simplement que la République est plus grande que nos partis et que les institutions doivent être protégées, y compris lorsque les pratiques qui les fragilisent viennent de notre propre camp.
Le véritable soutien à un Chef d’État, ce n’est pas de lui dire qu’il a toujours raison. C’est aussi avoir le courage de lui dire ce qui mérite d’être corrigé, pour que son action et son héritage résistent à l’épreuve du temps.
Je préfère être une élue qui alerte avec honnêteté plutôt qu’une militante qui applaudit par convenance.
C’est cela, pour moi, la fidélité à la République.
Justine Judith LEKOGO
Femme Politique et Citoyenne Engagée.






