Quand le gouvernement bat le record du rétropédalage : chronique d’une retentissante pantalonnade

3 juillet 20260
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Il existe des communiqués qui rassurent. D’autres qui inquiètent. Le « Communiqué de presse n° 2 sur l’état d’urgence hydrique », lui, réalise une performance autrement plus rare : il ridiculise le précédent.

Un communiqué en chasse un autre

À peine vingt-quatre heures après avoir annoncé, avec une solennité martiale, la mise sous tutelle de toute une activité économique, le ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie publie un second communiqué qui ne complète pas le premier. Il le désavoue.

Tout simplement. En moins d’une journée, le gouvernement donne ainsi l’image d’un pouvoir qui découvre les conséquences de ses propres décisions… après les avoir prises et annoncées. Le premier communiqué avait pourtant désigné son coupable idéal : les livreurs d’eau, présentés comme les principaux responsables des abus observés sur le marché.

Dans la foulée, une partie de la communication officielle et de ses relais a laissé prospérer l’idée que cette activité était largement contrôlée par des « non-Gabonais » qu’il convenait de neutraliser. Le ton était celui de la démonstration de force. Il fallait frapper vite, frapper fort, montrer les muscles.

Mais tout cela respirait l’improvisation. La preuve : ceux que le gouvernement prétendait mobiliser, à savoir les sapeurs-pompiers et les militaires, n’avaient, semble-t-il, été prévenus de rien. Ils auraient découvert, comme l’ensemble des Gabonais, en regardant la télévision, qu’ils étaient désormais chargés d’assurer la distribution, et même la vente, de l’eau.

Le pouvoir supplie ceux qu’il venait de condamner

Difficile d’imaginer illustration plus éloquente d’une décision préparée dans la précipitation. Puis la réalité est arrivée. Et la réalité, elle, ne lit pas les communiqués ministériels. Elle rappelle simplement qu’une capitale privée de ses distributeurs d’eau est une capitale privée d’eau. Alors le pouvoir a dû piteusement courir derrière ceux qu’il venait, quelques heures plus tôt, de présenter comme le problème.

L’image est saisissante. Vingt-quatre heures après avoir immobilisé leurs véhicules, les plus hautes autorités de l’État, accompagnées de notre illustre compatriote Seydou Kane, organisent des « échanges directs, francs et transparents » avec ces mêmes opérateurs dans une enceinte sportive. Ainsi, ceux qui étaient hier décrits comme des prédateurs deviennent, du jour au lendemain, des partenaires indispensables.

Le régime UDB-PDG-CTRI n’en est d’ailleurs pas à sa première volte-face. Le rétropédalage est même devenu sa marque de fabrique. On se souvient de la campagne menée contre les sociétés de sous-traitance, accusées d’être à l’origine des difficultés de la SEEG.

Le pouvoir allait jusqu’à laisser entendre que certains cadres de l’entreprise se dissimulaient derrière ces structures. Même mécanique aujourd’hui avec les livreurs d’eau, rapidement enveloppés d’un climat de suspicion, certains étant présentés comme de simples prête-noms de réseaux occultes.

Puis, comme souvent, la réalité est venue contredire la communication. Les contrats des sous-traitants, résiliés avec fracas, avaient finalement été rétablis dans la plus grande discrétion. Aujourd’hui, le scénario se répète presque à l’identique. Les fameux « non-Gabonais », montrés du doigt comme responsables de tous les maux, sont finalement reçus par le Président de la République pour des échanges qualifiés de « francs et transparents  ». Ce n’est plus une maladresse ponctuelle. C’est une manière de gouverner.

Gouverner à vue, corriger en catastrophe

Cette succession de revirements n’est plus une simple maladresse administrative. Elle révèle une véritable méthode de gouvernement où l’effet d’annonce, la posture et les rodomontades précèdent la réflexion. Lorsqu’un État passe, en moins d’une journée, de la diabolisation à la négociation, il ne fait pas preuve d’autorité. Il avoue sa dépendance.

Et comme toujours lorsqu’on improvise, chaque tentative de correction ne fait qu’aggraver le désordre. Le cas des tarifs est, à lui seul, un condensé de ce bricolage d’Etat. Le premier communiqué fixait le prix du mètre cube d’eau à 3 000 francs CFA. Vingt-quatre heures plus tard, le second le porte à 4 000 francs CFA. En une seule nuit, le gouvernement découvre que son propre tarif n’était pas le bon. Une hausse de plus de 30 % décidée en vingt-quatre heures : voilà une prouesse administrative que même les marchés financiers auraient du mal à expliquer.

L’Etat devient le vendeur le plus cher du marché

Mais le plus stupéfiant est ailleurs. Au moment même où l’État prétend agir pour protéger les populations contre les excès de certains distributeurs « non-Gabonais », il annonce qu’il leur vendra lui-même l’eau à 4 000 francs CFA le mètre cube. À titre de comparaison, le tarif général de la SEEG est de 470 francs CFA le mètre cube, tandis que le tarif social est fixé à 213 francs CFA.

En clair, l’État s’apprête à vendre l’eau près de neuf fois plus cher que le tarif général de la SEEG et près de dix-neuf fois plus cher que son tarif social. Voilà sans doute le plus grand paradoxe de toute cette affaire : au nom de la protection des consommateurs, la puissance publique devient elle-même le vendeur le plus cher du marché.

Quel communique faut-il croire, désormais ? Celui du 1er juillet ? Ou le communiqué du 2 juillet ? Si le Gouvernement s’est trompé sur le 1er, pourquoi faudrait-il croire le second ? Et si le second est vraiment le bon, pourquoi le premier avait-il été présenté comme étant le fruit d’une décision mûrement réfléchie ? Toutes ces contradictions conduisent à une seule conclusion : l’oukase du ministre n’a manifestement été précédé ni d’une étude sérieuse, ni d’une véritable concertation, ni d’une évaluation de ses conséquences.

On annonce d’abord. On réfléchit ensuite. On corrige enfin. Le plus préoccupant est que le gouvernement justifie aujourd’hui son revirement par les remontées des parlementaires, des populations, des opérateurs économiques et de la société civile. Cet aveu est lourd de sens.

Il signifie que personne ou presque n’avait été consulté avant l’annonce de mesures aussi lourdes de conséquences. En clair, le pouvoir gouverne d’abord contre le terrain, avant de revenir vers le terrain lorsque la réalité devient impossible à nier.

Au bout du compte, ce deuxième communiqué cesse donc d’apparaître comme un simple correctif. Il devient une véritable pièce à conviction. La pièce à conviction d’un pouvoir qui confond vitesse et précipitation, fermeté et agitation, communication et gouvernance.

Une pantalonnade retentissante

Et les derniers développements rendent cette séquence encore plus ubuesque. Selon plusieurs sources concordantes, malgré leur rencontre avec les plus hautes autorités de l’État, les livreurs d’eau refuseraient toujours de reprendre leur activité, au grand désarroi de leurs nombreux clients. Ainsi, après avoir désigné des coupables, immobilisé leurs véhicules, puis organisé dans l’urgence une rencontre de réconciliation, le gouvernement n’a même pas obtenu le résultat qu’il recherchait.

Finalement, tout ce vacarme n’aura accouché de rien. Une retentissante pantalonnade.
Dans ce vaudeville, il n’y a, en définitive, que des perdant. Les autorités, d’abord.

À vouloir afficher une fermeté spectaculaire, elles ont surtout donné à voir l’improvisation, la précipitation et l’absence de préparation. Leur crédibilité, leur image et leur prestige sortent sérieusement abîmés de cette séquence.

Les distributeurs d’eau, ensuite. Leur activité a été interrompue du jour au lendemain, leurs véhicules immobilisés et leurs revenus brutalement suspendus, avec les pertes financières que chacun peut imaginer.

Les consommateurs, enfin. Ceux-là mêmes que l’on prétendait protéger découvrent que l’État entend leur vendre l’eau à 4 000 francs CFA le mètre cube, soit près de neuf fois le tarif général de la SEEG (470 francs CFA) et près de dix-neuf fois son tarif social (213 francs CFA).

Rarement une décision publique aura réussi à pénaliser simultanément l’État, les opérateurs économiques et les citoyens qu’elle prétendait défendre. Ainsi, en voulant démontrer sa force, le gouvernement UDB-PDG-CTRI a surtout exposé sa fébrilité. En voulant imposer son autorité, il a révélé sa dépendance. En voulant apparaître comme le protecteur des populations, il s’est retrouvé à leur proposer une eau plus chère que celle de la SEEG.

Et lorsqu’un pouvoir en vient, en moins de vingt-quatre heures, à publier un communiqué pour effacer celui de la veille, à solliciter ceux qu’il avait lui-même désignés comme responsables du problème et à ne même pas obtenir leur retour à l’activité, il ne s’agit plus d’un simple rétropédalage.

Il s’agit d’un mode de gouvernance. Une gouvernance faite d’effets d’annonce, de décisions improvisées et de corrections précipitées. Et là, ce n’est plus seulement une gestion de crise. C’est une noyade en bonne et due forme.

Michel ONGOUNDOU LOUNDAH

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