Hommage rendu à Jasmin Aworet
« Ce qui compte dans la vie, ce n’est pas le simple fait d’avoir vécu. C’est la différence que nous avons faite dans la vie des autres. »
Cette pensée, cher Jasmin, résume avec une justesse remarquable l’existence que tu viens d’accomplir. Car si une vie se mesure à l’empreinte qu’elle laisse dans le cœur des hommes, alors la tienne fut une belle vie. Une vie utile. Une vie de fidélité. Non pas parce qu’elle aura été faite de privilèges ou d’honneurs, mais parce qu’elle aura été marquée, jusqu’à ton dernier souffle, par le sens du devoir, la loyauté, l’humilité et le service des autres.
Aujourd’hui, ce n’est pas seulement un responsable politique que nous pleurons. C’est un frère, un ami, un valeureux compagnon de route. En évoquant ton parcours, nous ne voulons pas seulement raconter une vie. Nous voulons surtout te dire merci. Merci pour ton engagement, pour ta disponibilité, pour ta confiance en l’homme, pour ton attachement indéfectible à tes convictions et pour cet amour profond que tu portais au Gabon.
Né le 18 juin 1967 à Port-Gentil, onzième enfant d’une fratrie de douze, tu étais un pur produit de cette école gabonaise qui formait des hommes de devoir, attachés au travail, à la parole donnée et au respect des anciens. Très tôt, alors que tu n’étais encore qu’élève, tu te passionnas pour la communication. Pendant que beaucoup de jeunes cherchaient encore leur voie, tu écrivais déjà pour L’Union et présentais des émissions sur Radio Mandji. Tu avais compris très tôt que communiquer, c’était aussi servir.
Le sens des responsabilités te poussa très jeune à entrer dans la vie active. Pendant près de trente années, au Conseil départemental de Bendjé, tu servis avec la même rigueur, la même discrétion et le même professionnalisme, jusqu’à devenir responsable de la communication et des relations extérieures.
Même les contraintes de la vie ne réussirent jamais à éteindre ta soif d’apprendre. Passionné de communication, tu poursuivis des études de journalisme par correspondance en Belgique, obtenant ton diplôme avec cette conviction qui t’habitait : le savoir est un bien que personne ne peut enlever à celui qui l’a acquis.
Mais ton engagement ne s’arrêtait pas à la vie professionnelle.
Très jeune, tu choisis de servir ton pays par l’action politique. Pendant près de quarante années, tu assumas avec fidélité toutes les responsabilités qui te furent confiées. Membre du Comité central du PDG, responsable provincial de l’UJPDG, délégué fédéral, membre de la Commission nationale électorale, tu exerças chacune de ces fonctions avec sérieux, sans jamais rechercher les privilèges qu’elles pouvaient procurer.
Puis vint le moment où la fidélité à tes convictions devint plus forte que la fidélité à tes habitudes. En 2023, estimant que le parti auquel tu avais consacré une grande partie de ta vie ne répondait plus à tes idéaux, tu pris la décision, difficile mais digne, de tourner une page.
Après une période de réflexion, tu rejoignis REAGIR. Tu n’y arrivas ni en conquérant, ni en donneur de leçons, mais avec l’humilité de celui qui met son expérience au service d’une cause collective. Très vite, chacun découvrit l’homme que tu étais : disponible, organisé, profondément humain et toujours prêt à servir. De simple militant, tu devins secrétaire provincial, puis, plus récemment, délégué provincial. Tu préparais déjà la relance des activités du parti dans l’Ogooué-Maritime. Tu avais encore tant de projets, tant d’espérance et tant d’énergie à offrir.
Et c’est sans doute ce qui rend ton départ encore plus douloureux.
En dépit des quelques turbulences que le parti a connues, tu es resté fidèle. Le destin ne t’aura pas permis de poursuivre la vision du parti
Les obstacles peuvent ralentir une marche ; ils ne sauraient arrêter des femmes et des hommes unis par un même idéal.
Les turbulences que traverse aujourd’hui notre parti n’entament en rien l’engagement de ses sympathisants et de ses militants. Au contraire, elles nous obligent à rester fidèles aux valeurs que tu as incarnées jusqu’au bout : la loyauté, la persévérance et le sens de l’intérêt général.
Mais parler de toi sans évoquer ton attachement à nos traditions serait passer à côté de l’essentiel. Tu étais profondément enraciné dans la culture de ton terroir. Initié à nos rites, tu savais qu’un peuple ne construit jamais son avenir en reniant sa mémoire. Beaucoup se souviennent encore de ce moment où, lors de notre passage à Omboué, tu t’arrêtas avec simplicité pour accomplir le rituel destiné à saluer les génies protecteurs de la localité avant notre entrée dans la commune. Ce geste disait tout de toi : un homme tourné vers l’avenir, mais fidèle à l’héritage des anciens.
Ta disparition laisse un vide immense. Elle prive ton épouse d’un compagnon, tes cinq enfants d’un père, ta famille d’un frère, REAGIR d’un responsable exemplaire et le Gabon d’un citoyen profondément attaché au bien commun.
Il est une autre douleur qu’il serait injuste de passer sous silence. Après près de trente années consacrées au service du Conseil départemental de Bendjé, tu t’en es allé sans avoir pu bénéficier de la pension de retraite à laquelle tu avais droit. Cette injustice dépasse ton seul destin. Elle interpelle notre conscience collective. Une Nation ne devrait jamais laisser partir ainsi ceux qui lui ont loyalement consacré leur vie.
Cher Jasmin,
Tu nous laisses un héritage infiniment plus précieux que des titres ou des fonctions. Tu nous laisses l’exemple d’une vie droite, d’une fidélité sans calcul, d’une simplicité qui inspirait naturellement le respect et d’un engagement qui ne s’est jamais démenti.
À ton épouse, à tes enfants, à toute ta famille, ainsi qu’à la grande famille de REAGIR, nous adressons nos condoléances les plus sincères et l’expression de notre profonde compassion.
Adieu, notre ami !
Ton siège restera vide. Mais ton exemple, lui, continuera de nous accompagner. Et chaque fois que nous choisirons la fidélité plutôt que l’opportunisme, le devoir plutôt que l’intérêt personnel, le service plutôt que les honneurs, nous saurons que, d’une certaine manière, tu continueras de marcher à nos côtés.
Repose en paix, cher Jasmin.
Que la terre de nos ancêtres te soit légère.
Membres de REAGIR






