"Je voudrais féliciter le Président de la République, SEM Oligui Nguema, pour cette visite d’État qui honore le Gabon et renforce son positionnement international"

23 juillet 20260
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Tout le monde ou presque en parle. La visite d’État du Président Brice Clotaire Oligui Nguema en France et protocole d’accord sur le manganèse fait couler beaucoup d’encre et de salive. Dans une interview accordée à Justine Judith Lekogo, la députée de la 5è République estime que "le protocole signé avec Eramet constitue une avancée parce qu’il place enfin la transformation locale, la création de valeur ajoutée et l’industrialisation au centre de la relation minière. Il faut maintenant passer de l’intention à l’investissement, des études aux usines et des annonces aux emplois".

Journaliste : Madame la Députée, le Président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, effectue une visite d’État en France. Quel regard portez-vous sur cet événement diplomatique et sur les accords conclus à cette occasion ?

1. Quel bilan général faites-vous de cette visite d’État ?

Justine Judith Lekogo :

Je porte un regard très positif sur cette visite d’État. Il faut d’abord en mesurer la portée historique et symbolique. Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a été reçu avec les plus hauts honneurs de la République française. Il s’agit de la première visite d’État en France d’un Président gabonais depuis celle du Président Omar Bongo Ondimba en octobre 1984. Cela traduit une reconnaissance du Gabon, de ses institutions et de la nouvelle dynamique engagée par les autorités de la Ve République.

Au-delà du protocole, cette visite montre que le Gabon retrouve une place importante dans le dialogue international. Notre pays ne vient pas seulement entretenir une relation historique avec la France : il vient défendre ses intérêts, présenter ses priorités de développement et rechercher des investissements susceptibles de soutenir sa transformation économique.

Je voudrais donc féliciter le Président de la République, le ministère des Affaires étrangères, notre ambassade en France et l’ensemble de la diplomatie gabonaise pour le travail accompli. Cette visite démontre qu’une diplomatie active peut devenir un véritable instrument de développement.

2. Certains considèrent que les honneurs protocolaires ne suffisent pas. Que leur répondez-vous ?

Justine Judith Lekogo :

Ils ont raison de dire que le protocole ne suffit pas. Mais le protocole n’est pas non plus sans importance.

Lorsqu’un chef d’État est reçu avec les honneurs militaires aux Invalides, escorté jusqu’au palais de l’Élysée et accueilli dans le cadre d’une visite d’État, cela signifie que son pays est considéré comme un interlocuteur important. Cette reconnaissance renforce la crédibilité internationale du Gabon et peut faciliter les négociations politiques, économiques et financières.

Toutefois, la véritable réussite de cette visite se mesurera dans les prochains mois et les prochaines années. Les Gabonais attendent que les honneurs diplomatiques soient transformés en investissements, en usines, en emplois, en transfert de compétences, en amélioration de l’accès à l’eau et à l’électricité et en opportunités pour les entreprises nationales.

Je dirais donc que le protocole ouvre les portes, mais que ce sont les résultats qui donneront tout son sens à la visite.

3. Peut-on parler d’une réussite de la diplomatie gabonaise ?

Justine Judith Lekogo :

Oui, nous pouvons parler d’une réussite diplomatique, à condition de comprendre que la diplomatie moderne ne doit plus se limiter aux relations de courtoisie entre les États.

La diplomatie doit désormais être une diplomatie économique, une diplomatie d’influence et surtout une diplomatie de résultats. Cette visite a permis de replacer au centre des échanges les priorités concrètes du Gabon : la transformation locale des ressources naturelles, l’énergie, l’eau, la sécurité, les infrastructures, la formation et les investissements.

Trois axes stratégiques ont notamment été mis en avant : la sécurité, la transformation locale des ressources naturelles ainsi que les secteurs de l’eau et de l’énergie. La visite a également permis de faire avancer le rapprochement entre Fly Gabon et Air France, avec la perspective d’un accord de partage de codes destiné à améliorer la connectivité du Gabon avec l’Europe et les marchés internationaux.

C’est cette diplomatie utile que nous devons encourager : une diplomatie qui attire les capitaux, ouvre des marchés, facilite les déplacements et accompagne les priorités nationales.

4. Cette visite marque-t-elle un retour à l’ancienne relation entre la France et le Gabon ?

Justine Judith Lekogo :

Je ne pense pas qu’il faille regarder cette visite avec les lunettes du passé. Le Gabon doit entretenir de bonnes relations avec la France, comme il doit entretenir de bonnes relations avec la Chine, les États-Unis, les Émirats arabes unis, les autres pays européens et nos partenaires africains. La souveraineté ne signifie pas l’isolement. Elle signifie la capacité de choisir ses partenariats et de négocier en fonction de ses propres intérêts.

La nouvelle relation doit donc être fondée sur l’égalité souveraine, le respect mutuel et les bénéfices réciproques. Le Gabon ne doit pas être seulement un fournisseur de matières premières. Il doit devenir un pays producteur, transformateur et exportateur de produits à plus forte valeur ajoutée.

La meilleure manière de sortir des anciennes relations de dépendance consiste précisément à négocier des usines, des transferts de technologies, des emplois qualifiés, une participation nationale dans les investissements et un véritable contenu local.

5. Comment accueillez-vous le protocole d’accord signé avec Eramet ?

Justine Judith Lekogo :

Je considère ce protocole comme une avancée importante parce qu’il reconnaît officiellement la volonté souveraine du Gabon d’accroître la transformation locale de son manganèse.

Il prévoit l’étude de trois projets industriels : une usine d’oxyde de manganèse près de Libreville, la réhabilitation du Complexe métallurgique de Moanda et la construction d’une nouvelle usine d’alliages de manganèse à proximité de la côte.

Le protocole prévoit également le développement d’une filière de biocharbon utilisant les résidus de l’industrie forestière, ainsi que la création d’un fonds d’amorçage industriel « Fabriqué au Gabon  », dont l’ambition annoncée est de contribuer, à terme, à la création de 3 000 emplois industriels. Ce sont des orientations positives, car elles peuvent favoriser la diversification, la décarbonation, les achats locaux et la création de nouvelles entreprises gabonaises.

La signature, en présence des deux chefs d’État, donne par ailleurs à cette feuille de route une portée politique importante.

6. Que représentent exactement les 700 000 tonnes annoncées ?

Justine Judith Lekogo :

Il faut être très précis sur ce chiffre.

Les 700 000 tonnes ne représentent pas 700 000 tonnes de produits finis. Il s’agit d’une capacité maximale de 700 000 tonnes de minerai brut consommées chaque année par les unités de transformation envisagées.

Cette capacité serait répartie entre :

environ 20 000 tonnes de minerai pour la future usine d’oxyde de manganèse ;
environ 150 000 tonnes pour le Complexe métallurgique de Moanda rénové ;
environ 530 000 tonnes pour la nouvelle usine d’alliages située près de la côte.

Ces trois composantes permettent d’atteindre les 700 000 tonnes, mais seulement si tous les projets sont effectivement réalisés. Le protocole fixe cet objectif à la fin de l’année 2031.

Il est donc important que la communication publique distingue clairement le minerai brut utilisé par les usines des volumes de produits industriels réellement obtenus.

7. Ce protocole est-il conforme à l’objectif présidentiel de transformation locale dès 2029 ?

Justine Judith Lekogo :

Le protocole va dans le sens de la vision présidentielle, mais il existe une question de calendrier et de dimensionnement qu’il faudra résoudre.

La stratégie nationale prévoit de rendre pleinement effective la transformation locale à l’horizon 2029, avec l’installation de deux usines. Le document d’orientation gouvernemental vise également une production nationale de manganèse de 10 millions de tonnes en 2029.

Or, dans le protocole il est dit :

La première petite usine pourrait démarrer à la fin de 2028 ;
Le Complexe métallurgique de Moanda rénové pourrait redémarrer à la fin de 2029 ;
La plus grande usine, qui absorberait environ 530 000 tonnes de minerai, ne pourrait démarrer qu’en 2031.

Il existe donc un décalage entre l’échéance politique de 2029 et la montée en puissance industrielle prévue pour 2031. Même à pleine capacité, les 700 000 tonnes ne représenteraient qu’environ 7 % d’une production nationale de 10 millions de tonnes.

Cela ne signifie pas que le protocole est mauvais. Cela signifie qu’il ne peut pas, à lui seul, permettre la transformation de l’ensemble du manganèse produit au Gabon. Il faudra mobiliser d’autres investisseurs, construire d’autres unités et définir un dispositif transitoire réaliste.

8. Peut-on dire aujourd’hui que le Gabon est gagnant dans cet accord ?

Justine Judith Lekogo :

Je dirais que le Gabon peut devenir gagnant, mais que le résultat dépendra du contenu des conventions d’investissement définitives.

Le protocole est une feuille de route. Il permet d’engager les études, de fixer les projets et de mettre en place un comité de suivi. C’est une première étape indispensable. Mais plusieurs projets restent soumis à des décisions finales d’investissement, à la confirmation de leur rentabilité et à la disponibilité de l’énergie et des infrastructures.

Pour que le Gabon soit réellement gagnant, il faudra que les engagements deviennent fermes, chiffrés et juridiquement opposables.

Le pays devra obtenir :

des investissements clairement identifiés ;
des calendriers précis ;
un nombre minimal d’emplois gabonais ;
des obligations de formation et de transfert de technologies ;
une participation réelle des PME gabonaises ;
une répartition équilibrée du financement des infrastructures ;
des recettes fiscales et des dividendes proportionnés aux efforts consentis par l’État.

Le vrai gain ne sera pas seulement de transformer le minerai sur le territoire. Il faudra que la valeur créée reste en partie significative au Gabon et améliore concrètement la vie des populations.

9. L’engagement énergétique demandé au Gabon vous inquiète-t-il ?

Justine Judith Lekogo :

L’énergie est effectivement le point le plus sensible du protocole.

La transformation métallurgique du manganèse nécessite une électricité abondante, stable et compétitive. Le protocole prévoit que, pour la nouvelle usine d’alliages, la République gabonaise assurera le développement des solutions énergétiques nécessaires, avec le soutien de partenaires autres qu’Eramet. Eramet conservera, de son côté, la possibilité d’évaluer la rentabilité des projets de manière autonome.

Il faut donc éviter une situation dans laquelle le Gabon financerait seul des centrales, des lignes électriques et des infrastructures logistiques sans engagement irrévocable de l’investisseur à construire l’usine.

Le principe à défendre doit être simple : les engagements doivent être simultanés et équilibrés. L’État peut faciliter l’accès à l’énergie, mais cette intervention doit être conditionnée à une décision ferme d’investissement, à un calendrier vérifiable et à un partage transparent des coûts et des risques.

Nous devons également nous assurer que l’alimentation des usines ne se fasse pas au détriment de l’accès des ménages et des autres entreprises à l’électricité.

10. Quelles garanties doivent être intégrées dans les accords définitifs ?

Justine Judith Lekogo :

Plusieurs garanties me paraissent indispensables.

Premièrement, il faut des dates fermes de décision, de démarrage des travaux et de mise en service.

Deuxièmement, les responsabilités financières doivent être clairement réparties. Nous devons savoir qui finance les centrales, les lignes électriques, les voies d’accès, les installations portuaires et les autres infrastructures.

Troisièmement, il faut des objectifs contraignants de contenu local : pourcentage d’emplois gabonais, nombre de cadres nationaux formés, volumes d’achats auprès des PME locales et part des marchés réservés à la sous-traitance gabonaise.

Quatrièmement, le Gabon doit rechercher une participation dans les nouvelles unités industrielles afin de ne pas se limiter à percevoir des taxes sur une richesse extraite de son sous-sol.

Cinquièmement, il faut prévoir des clauses de révision, des mécanismes de contrôle et, lorsque cela est justifié, des conséquences en cas de non-respect des engagements.

Enfin, le comité de suivi annoncé doit produire régulièrement des informations accessibles aux institutions de contrôle et au Parlement.

11. Quel doit être le rôle du Parlement dans le suivi de cette visite et de ces accords ?

Justine Judith Lekogo : Le rôle du Parlement n’est pas de s’opposer systématiquement à l’action du Gouvernement. Il est d’accompagner les politiques utiles tout en exerçant pleinement sa mission de contrôle.

Nous devons saluer cette initiative diplomatique et soutenir l’ambition de transformation locale portée par le Président de la République. Mais nous devons également demander des responses précises :

Quel sera le montant de chaque investissement ?
Quelle sera la contribution financière de l’État ?
Combien d’emplois directs et indirects seront créés ?
Quelle part sera réservée aux Gabonais ?
Quelles capacités seront réellement disponibles en 2029 ?
Comment seront traités les volumes de minerai qui ne pourront pas encore être transformés ?
Quels avantages fiscaux seront consentis ?
Quel sera le rendement économique et budgétaire pour le Gabon ?
Soutenir l’action du Chef de l’État ne signifie pas renoncer à l’exigence de transparence. Au contraire, un bon contrôle parlementaire contribue à sécuriser les projets et à garantir qu’ils bénéficient réellement à la Nation.

12. Quel message souhaitez-vous adresser pour conclure ?

Justine Judith Lekogo :

Je voudrais d’abord féliciter le Président de la République, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, pour cette visite d’État qui honore le Gabon et renforce son positionnement international.

Je félicite également notre diplomatie, notre ministère des Affaires étrangères, notre ambassade en France et tous ceux qui ont travaillé à la préparation de cette séquence historique.

Le protocole signé avec Eramet constitue une avancée parce qu’il place enfin la transformation locale, la création de valeur ajoutée et l’industrialisation au centre de la relation minière. Il faut maintenant passer de l’intention à l’investissement, des études aux usines et des annonces aux emplois.

Notre position doit être une position de soutien responsable et de vigilance constructive. Nous devons accompagner la vision présidentielle tout en veillant à l’équilibre des engagements, à la protection des finances publiques, au contenu local et à la participation des Gabonais.

La réussite de cette visite ne se mesurera pas uniquement aux cérémonies ou aux signatures. Elle se mesurera au nombre d’usines construites, au nombre de jeunes formés, au nombre d’emplois créés, aux entreprises gabonaises qui accéderont aux marchés et à la part de la richesse minière qui restera effectivement dans notre économie.

C’est à cette condition que cette visite d’État deviendra une véritable victoire diplomatique, économique et sociale pour le Gabon.

Propos recueillis par MT/JJL

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