"Rejet du projet portant nouvelle Constitution de la République gabonaise" Marcel Libama

6 novembre 20240
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« La Constitution n’est pas un titre de propriété privée : je dis non a ce projet constitutionnel ! » Gabonaises et Gabonais, Mes chers compatriotes. Le 30 août 2023, alors que nous, peuple gabonais, nous préparions à résister à une énième incurie électorale du clan Bongo Ondimba Valentin/PDG et de ses affidés, nous avons été sortis de notre sommeil par ce qui, jusque-là, relevait de l’impensable dans l’imaginaire des citoyens gabonais : un coup d’État militaire, après les échecs des tentatives de 1964 et de 2019, conduits par de jeunes officiers patriotes.

C’est ainsi que ce jour-là, convaincu qu’il venait d’être libéré du joug de cinquante-six (56) ans d’une gestion clanique, patrimoniale et autocratique du pouvoir, le peuple gabonais presqu’à l’unisson, s’est transporté dans les rues de Libreville et de toutes les villes, de tous les villages et hameaux du territoire national et à l’extérieur du pays. Chaque citoyen gabonais épris de paix, de liberté et de démocratie, a contribué à la liesse populaire, pour saluer l’acte de bravoure et salvateur qui venait d’être posé par le Général OLIGUI NGUEMA Et la Garde Républicaine dont il était et est le Commandant en Chef.

La majorité d’entre nous a alors, instinctivement, porté aux nues ceux qui, pensions-nous, étaient essentiellement mus par un élan patriotique, la volonté d’enfin établir une atmosphère de justice et de paix véritables, et la volonté d’offrir indistinctement à chaque citoyenne et à chaque citoyen la jouissance des droits inaliénables qui confèrent à chacun d’entre nous la dignité qui lui vient de Dieu seul.

Préserver et promouvoir la paix sociale, éradiquer la corruption sous toutes ses formes et partout, restaurer la crédibilité, la fiabilité et la vitalité des Institutions, tel était le triptyque annoncé et sans cesse répété par le Général OLIGUI NGUEMA aux premières heures du coup d’Etat jusqu’à son investiture officielle, en vue de la résurrection du peuple gabonais. Invoquant la parole d’officier qu’il est, il avait alors publiquement promis qu’une fois ce travail accompli, il remettra le pouvoir au civil après avoir organisé une élection inclusive, honnête et transparente.

Gagnés par ce souffle nouveau proclamé et portés par l’espoir presqu’irrationnel d’un Gabon meilleur par tous et pour tous grâce aux vertus de la démocratie, de la liberté et du respect de nos singularités, nous étions volontaires à participer, chacun comme il le peut, à la restauration de l’État de droit par l’instauration, la promotion et la respect de normes morales, sociales et sociétales élevées, dont le rayonnement influerait assurément sur les Institutions Républicaines, ainsi que les personnes qui les animent, et finalement la nation. Chemin faisant, le CTRI a élaboré un chronogramme dont l’une des phases clés est l’organisation du référendum.

Ainsi, le 16 Novembre 2024, les Gabonaises et les Gabonais sont appelés à se prononcer sur l’adoption du projet de Constitution sensé marquer l’entrée de notre pays dans l’ère post Bongo Ondimba Valentin /PDG, et, paraît-il, l’essor vers la félicité. Ce projet, soit il consacre la trahison des clercs commis à la tâche, soit il inaugure subtilement la prise en otage du Président de la Transition par des forces d’inertie tapies dans l’ombre. Alors, s’offusquer contre ces desseins, c’est sauver la République, c’est aussi sauver la Transition du naufrage collectif qui fait courir au Gabon le risque d’être classé comme – le mauvais élève de la démocratie -, et sa mise au ban par la communauté africaine et internationale.

L’analyse de ce projet de Constitution, loin de rassurer sur les desseins du CTRI à la tête de l’État, est une véritable annonce de souffrance pour le Gabon de demain, notamment, pour une très grande partie du peuple gabonais. En effet, le texte qui nous est soumis pour adoption est une parodie de notre histoire, et une offense à la raison et au bon sens ; un outrage à la mémoire de toutes celles et tous ceux qui, depuis des décennies, ont payé de leur vie pour que la démocratie au sens plein et noble du terme, aussi fragile soit-elle, puisse s’instaurer et s’incruster dans notre pays.

Quels qu’aient pu être les remous engendrés par le règne des Bongo, les acquis de la Conférence nationale de 1990 marqués par la Constitutions du 26 mars 1991, et toutes les avancées subséquentes au prix des sacrifices jusqu’au sang de nos compatriotes, doivent être consolidés par notre combativité et notre refus du fait accompli au profit d’un seul individu.

Aussi, en toute responsabilité, pour ce rendez-vous historique, devrions-nous, au nom de ceux partis trop tôt, et de ceux encore en devenir, porter un regard froid, placide et objectif sur l’environnement politique et institutionnel qui se dessinent sous nos yeux, et dont la vocation serait de nous conduire vers un bonheur partagé. Ce projet de Constitution, après analyse, doit être pris pour ce qu’il est, à savoir un instrument qui consacre un recul démocratique sans précédent taillé pour servir les desseins d’un homme et d’un clan, pire que ce que nous avons connu sous le régime despotique du parti unique.

Peuple Gabonais, nous avons vu nos parents, nos frères, nos enfants, nos collègues et camarades tomber pour cet idéal de démocratie qui nous étreint tous. Et, c’est parce que leur sang ne séchera jamais sur notre sol, celui de note mère patrie, que nous devons agir avec force contre l’imposture que promeut ce projet de Constitution, et empêcher que le Gabon ne sombre totalement dans le totalitarisme et le populisme, qui sont l’antichambre de déchéance et de la ruine assurées des nations et des peuples.

Une Constitution qui établit la discrimination, l’exclusion et la hiérarchisation des citoyens en fonction de l’origine de l’un de leurs parents est immorale dans son esprit, vicieuse et mortifère dans sa lettre. Sachons-le, l’inégalité des droits reconnus entre citoyens d’un même pays induit, en contrepartie, une inégalité des devoirs. Pourquoi un compatriote qui se sacrifie pour son pays , comme le cas de joueurs binationaux ( à l’instar de Pierre Emerick Aubame Eyang et d’autres comme lui), sachant que malgré ses sacrifices, la Constitution fait de lui un Citoyen de seconde zone, au motif qu’il serait lié d’amour pour une non gabonaise ? J’aurais pu dire la même chose du Vice-premier ministre du gouvernement, de la ministre de l’Education Nationale, du Secrétaire général de la Présidence de la République, de plusieurs membres de nos forces de défense et de sécurité...

C’est pourquoi, avec la plus grande fermeté et une profonde gravité que requiert le moment, je le dénonce et le rejette, en même temps que je condamne la vacuité, la dangerosité et l’irresponsabilité de ses concepteurs et de tous ceux qui, pour de vils et temporels intérêts partisans, le défendent.

Je dénonce un régime politique qui met en concurrence immorale ses enfants, organise et valide une intolérable et inconstitutionnelle inégalité devant la loi de tous les citoyens, en interdisant à toute personne de nationalité gabonaise d’origine, au fallacieux motif qu’elle est mariée à une personne d’origine étrangère, de se porter candidat à la l’élection présidentielle. Qui peut prouver objectivement que ce sont des personnes de cette nature qui ont plongé notre pays dans les abysses profonds où il est depuis son indépendance ?

Dans ce Gabon cosmopolite, terre d’accueil par excellence de générations de citoyens devenus, au parcours élogieux qui ont honoré et honorent la partie, où les mariages entre ressortissants de nationalités différentes sont légion, est-il envisageable, en toute responsabilité, d’imposer pareille limite au DROIT ?

La question se pose également pour nos très nombreux frères et sœurs établis pour des raisons professionnelles depuis longtemps à l’étranger, et dont les épouses ou les époux sont originaires d’autres pays. Cette disposition injuste fait peser sur le conjoint étranger une présomption de criminel, alors que, selon la Constitution, l’épouse ou l’époux du Chef de l’État n’a aucun statut constitutionnel, et ne participe en rien à la gestion du pays. S’il a pu en être autrement dans les faits jusqu’à récemment, la faute est surtout à rechercher dans la corruption endémique, l’immoralité et l’irresponsabilité des tenants des institutions républicaines.

Sous d’autres cieux le mariage entre deux personnes de nationalités différentes ne constitue pas un frein à l’aspiration d’un citoyen à briguer la magistrature suprême : nous citerons les cas de Nicolas Sarkozy en France, Alassane Ouatara en Côte d’ivoire. D’ailleurs, les Présidents Leon Mba et Omar Bongo avaient aussi épousé des expatriées.

Une Constitution qui discrimine les citoyens en fonction de la coloration de leur amour est liberticide et est aux antipodes des droits de l’homme. Si le but de ce projet de Constitution est d’épargner le pays du pillage, de la corruption et de l’immoralité comme orchestrés par Madame Sylva Bongo Ondimba, les dispositions auraient dues être prises pour contrer en amont l’œuvre néfaste de tous les pilleurs, assassins et immoraux à la tête de ce pays.

La réalité des faits c’est que le Gabon a connue Première dame de pays voisin, ayant réalisé des œuvres louables comme la Clinique El Rapha, l’Horizon Nouveau, Lycée Michel Dirat, etc ... Pendant qu’une Première dame nationale a brillé par l’abrutissement des femmes, des générations entières, en léguant au Gabon un mal persistant, le kounabelisme.

En comparant ces deux cas, l’on voit bien que la conjointe gabonaise ne constitue pas une garantie obligatoire pour le bien-être du peuple Gabonais. Ainsi, si la Constitution avait catégorisé les gabonaises en vertu de leur appartenance aux provinces promotrices de kounabélisme, de nkolengonguisme ou de Bomaméisme, elle serait discriminatoire, comme elle l’ait en défaveur des gabonais(e)s marié (e)s aux expatrié(e)s, tout comme envers les gabonaises par alliance ? Cette constitution est injuste.

Au nombre des institutions complices de l’imposture dénoncée, qui sert d’argument fallacieux à la mauvaise raison de cette autre forme de coup d’Etat, la Cour Constitutionnelle d’alors dont les membres doivent être interpelés. Mais elle n’est pas seule, l’appareil judicaire, les forces de défense et de sécurité, le Gouvernement et toutes les autres institutions républicaines dont les membres sont pourtant des Gabonaises d’origine, de l’opposition et de la majorité, qui ont laissé prospérer et laissent encore prospérer la « légion étrangère ».

Oui, ces responsables doivent rendre des comptes à la Nation. Ce n’est pas la responsabilité du conjoint d’origine étrangère qu’il faut rechercher, je le répète et j’insiste, mais bien celle des complices Gabonais des ravages destructeurs commis au plus haut sommet de l’État.

Cette disposition, en remuant le couteau dans les blessures encore béantes du peuple gabonais, semble, en réalité, poursuivre des objectifs inavoués. D’une part, écarter du scrutin présidentiel des candidats jugés très sérieux pouvant apporter de véritables changements dans notre pays et, d’autre part, trouver un bouc-émissaire devant assumer à leur place, la responsabilité des plus hautes autorités gabonaises ayant participé, par action ou par compromission, au pillage en règle des ressources de notre beau pays, le Gabon.

En réalité, c’est un faux débat qui n’aura d’autre conséquence que de créer la division, des tensions et des sources de conflits entre les enfants du pays. Il s’agit également de protéger ceux qui ont sabordé notre pays (Gabonais ou non), en empêchant qu’ils ne soient mis face à leurs responsabilités politiques et pénales ! C’est certainement par peur de cette hypothèse qui peut être déclenchée pour les châtier, qu’un grand nombre de compatriotes pourtant frappés par cette disposition rétrograde, en ce qu’il est inhumainement exclusif, sont obligés de soutenir tel quel, toute honte bue et la dignité livrée aux chiens, le projet de loi constitutionnelle qui nous est soumis.

Je dénonce un projet de Constitution qui ne protège pas les populations autochtones des expropriations des terres et des richesses de leur sol et sous-sol. Je dénonce un texte consacrant la toute-puissance d’un homme, un seul, à la tête de l’État et qui, telle une pieuvre, enlacera, inévitablement, de toutes ses tentacules pour les étouffer et les écraser, l’ensemble des institutions de la République et, partant, la vitalité de la nation.

Je dénonce, l’avènement d’un président de la République, Chef des administrations civile et militaire, sur lesquelles il détient un pouvoir absolu et unilatéral de nomination. Ce qui implique, soyons-en bien conscients, une soumission totalement inconditionnelle au chef, et non un engagement républicain au service des citoyens, comme cela devrait être le cas dans une démocratie.

Je dénonce l’avènement d’un président de la République, Chef d’un Gouvernement dont il dispose à sa convenance sans aucune limite, et qui, tel un Seigneur absolu de droit divin, détermine et conduit seul, la politique de la Nation.

Je dénonce le projet de vassalisation anachronique des institutions qui composent l’Exécutif, à savoir la Vice-Présidence de la République et le Gouvernement, à l’endroit du seul Président de la République qui, en définitive, dispose à leur encontre d’une forme insidieuse de droit de vie ou de mort.

En effet, leur existence et leur fonctionnement ne dépendent que du bon vouloir du monarque, car le texte prévoit que le Chef de l’État est le détenteur du pouvoir Exécutif. Cela signifie, comme vu précédemment pour les administrations civiles et militaires, qu’il dispose des composantes de l’Exécutif à sa convenance. Ainsi, le serment d’allégeance que prêtent ces entités devant le Président de la République et la Cour Constitutionnelle, est-il la matérialisation de leur soumission toute féodale. Est-ce bien démocratiqueou républicain ?

L’on comprend à la lumière de ce qui précède, que le déséquilibre institutionnel au seul bénéfice du Président de la République, est l’âme et l’esprit de ce projet constitutionnel. Cela est confirmé par la place accessoire ou périphérique du Parlement dans cette nouvelle architecture institutionnelle, dont les prérogatives en font plus que jamais une entité inopérante en termes de séparation des pouvoirs, et même en qualité de contre-pouvoir.

C’est pourquoi je dénonce dans ce texte un Parlement sans vie et sans âme, un Parlement devenu mécanique et aux ordres du monarque ; réduit au silence car dénué de toute consistance opérationnelle. Il faut, pour apprécier cette hérésie institutionnelle, comparer les attributions constitutionnelles du Parlement issu de la Constitution du 26 mars 1991 à celles proposées actuellement.

Les leviers de contrôle et de sanction des élus sur le pouvoir Exécutif, que sont notamment le vote de confiance et la motion de censure, sont purement et simplement abrogés du projet de Constitution. C’est une folie ! Alors que le président de la République, dans le même temps, conserve son droit de dissolution, telle une épée de Damoclès sur la tête des parlementaires, pour bien étouffer dans l’œuf toute velléité d’émancipation.

Le dernier point qu’il m’importait de vous signaler, en ce jour, est l’articulation faite entre le Président de la République et les forces de sécurité et de défense. L’article 38 du projet constitutionnel énonce que les forces de sécurité et de défense sont au service de l’État. Or, pris ensemble, les articles 56 et 55 alinéa 2 révèlent une réalité tout autre, qu’une fois de plus, je dénonce.

Je dénonce la mainmise du Président de la République sur l’ensemble des forces de sécurité et de défense, dont, une fois de plus, il disposerait à convenance. N’est-ce pas là, l’indication de la mise en œuvre d’un régime ultra sécuritaire, dont les exécutants seront à la solde du Chef, et nom au service de l’État. Il faut le craindre ! On ne peut vouloir tout et son contraire dans une même Constitution ! L’opposition des articles 38 d’une part, et 55 alinéa 2 et 56, d’autre part, interroge. Soit le texte est incohérent, soit le Président de la République, à lui seul, est l’État ! Quelle lecture devons-nous avoir ?

Le Président de la République dispose, il est le détenteur, il nomme, il met fin, il est le Chef... On constate avec effroi un champ lexical qui renvoie non seulement à la possession, mais à la soumission absolue au Chef. Or le Gabon n’est pas un héritage familial, ni un butin de guerre ; pas plus que la Constitution n’est un titre de propriété privée familiale ou clanique !

Aussi, est-ce avec solennité que je lance cet appel à toutes les forces vives de la Nation en ce jour, car l’heure est grave !
J’appelle à l’unité, dans la concorde, pour notre vert-jaune-bleu, à un non massif national et international contre ce projet de division de la patrie, de séquestration des libertés, du viol de la dignité et de soumission constitutionnelle honteuse à un seul homme au motif qu’il a fait un coup d’Etat, que d’ailleurs aucun autre que lui, par la force de la fonction qui est la sienne à la tête de la Garde Républicaine, ne pouvait réussir.

J’appelle tous les partis politiques, la société civile, les étudiants, les chômeurs, les travailleurs, les syndicats, les commerçants, les enseignants, les militaires, les magistrats, les parlementaires, les ministres, les mères au foyer, les femmes de ménage, tous ceux en qui coule vert-jaune-bleu à voter massivement non !

Si j’en appelle à votre lucidité, à votre courage, à votre patriotisme et à votre engagement citoyen, c’est parce que je ne voudrais pas, demain, que nous soyons au nombre de celles et ceux qui, comme le pasteur Allemand Martin Niemöller, en 1946, après qu’il fut arrêté par les Nazis sur ordre personnel d’Adolf Hitler dont il a été pendant un temps un allié, et envoyé au camp de concentration de Dachau, diront : « Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Quand ils sont venus chercher les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas socio-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas Juif. Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »

Pour toutes les raisons objectives et verifiables enoncees ci-dessus, disons massivement non a ce projet de constitution archaique et mortifere. sinon l’histoire nous releguera au rang des rebus de la modernite. a mana ! amani ! lemafoua ! (Interpeler chacun dans sa province les provinces
décliner en toutes les langues vernaculaires).

JE VOUS REMERCIE !
MARCEL LIBAMA

Libreville 05/11/2024

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