Synode de l’Église Évangélique du Gabon : le courage de parler ou le risque de se taire
Le Synode de l’Église Évangélique du Gabon est désormais ouvert. Comme à chaque renouvellement des instances dirigeantes, les regards sont tournés vers les débats, les décisions et, bien sûr, les élections. Mais au-delà des candidatures et des équilibres institutionnels, une interrogation plus profonde s’impose : quel témoignage l’Église donnera-t-elle d’elle-même à ses fidèles et à la société ?
Dans la tradition bantu, les anciens sont les gardiens de l’ordre moral. Ils sont ceux qui préviennent les dérives avant qu’elles ne deviennent des habitudes. Leur autorité ne repose pas sur leur seule ancienneté, mais sur leur courage à rappeler les principes lorsque la communauté s’en éloigne.
Cette vision rejoint parfaitement l’Écriture. Les anciens ont reçu la responsabilité de veiller sur le troupeau, de préserver la saine doctrine, de protéger l’Église contre les divisions et de défendre la vérité, même lorsque celle-ci dérange. Ils ne sont pas appelés à être des observateurs silencieux, mais des sentinelles.
Or, depuis plusieurs années, un malaise traverse une partie des fidèles. Beaucoup expriment leur inquiétude devant des situations qu’ils perçoivent comme des écarts par rapport aux valeurs chrétiennes ou aux règles qui organisent la vie de l’Église. Plus encore que ces situations elles-mêmes, c’est parfois le manque de prises de parole publiques des responsables les plus expérimentés qui nourrit leurs interrogations.
Dans la culture bantu, lorsqu’un ancien garde le silence face à une crise, la communauté s’interroge. Non parce qu’elle exige de lui des condamnations systématiques, mais parce qu’elle attend qu’il éclaire les consciences, rappelle les repères et contribue à restaurer la confiance.
Le Synode ne doit pas être réduit à un simple exercice électoral. Il est un rendez-vous spirituel. C’est le moment où l’Église examine sa fidélité à l’Évangile, à ses textes fondateurs et aux principes de justice, de transparence et d’intégrité qui doivent guider toute gouvernance chrétienne.
Les fidèles attendent des débats francs, des décisions inspirées et un leadership capable de servir avant de vouloir diriger. Ils attendent surtout que les règles de l’Église soient appliquées avec la même rigueur pour tous, sans favoritisme ni traitement différencié. La crédibilité d’une institution ne repose pas sur l’absence de difficultés, mais sur la manière dont elle les affronte.
Aujourd’hui, les pasteurs les plus anciens portent une responsabilité particulière. Leur expérience leur confère une autorité morale qui dépasse les clivages. Leur parole peut apaiser les tensions, rappeler les exigences de l’Évangile et redonner confiance à ceux qui doutent. Leur silence, en revanche, risque d’être interprété comme une absence de vigilance ou un renoncement à leur mission de gardiens.
Ce Synode est donc une occasion historique. Non seulement pour élire des responsables, mais aussi pour réaffirmer que l’Église Évangélique du Gabon demeure une institution où la vérité prévaut sur les intérêts particuliers, où la justice l’emporte sur les calculs et où l’autorité est d’abord un service.
Les anciens ont aujourd’hui rendez-vous avec l’histoire. Les fidèles les regardent. La société les observe. Les générations futures jugeront moins les résultats des scrutins que le courage avec lequel leurs pasteurs auront défendu les valeurs qui fondent l’identité de l’Église.
Car une Église reste forte lorsque ses responsables acceptent de se laisser interpeller par l’Évangile avant de vouloir interpeller le monde. Le Synode est ouvert. Plus que jamais, l’heure est venue de faire triompher la vérité, la justice et la fidélité.
A/E. Eugène-Boris ELIBIYO /MT






