Gabon : Entre manipulations politiques, chômage de masse, et génération à bout
Au Gabon, la montée en puissance de la jeunesse dans l’espace politique ne traduit pas toujours une véritable prise de conscience citoyenne. Elle est aussi, et souvent surtout, le symptôme d’une crise sociale profonde marquée par un chômage massif, une précarité grandissante et l’absence d’opportunités durables. Dans un pays où de nombreux jeunes peinent à trouver un emploi stable ou à construire un avenir économique solide la politique devient parfois moins un engagement idéologique qu’un refuge une nécessité ou une opportunité de survie.
Cette réalité pose une question dérangeante : combien de jeunes s’engagent aujourd’hui en politique par conviction et combien y sont poussés par désespoir économique ? Le chômage intensif qui frappe la jeunesse gabonaise, crée un terrain fertile pour toutes les formes de récupération politique. Faute de perspectives, beaucoup deviennent des instruments de campagne mobilisés non pour défendre une vision, mais pour servir des intérêts électoraux souvent éloignés de leurs propres aspirations.
Dans les quartiers, les bureaux de vote, les rassemblements politiques et les réseaux d’influence locale, nombreux sont les jeunes qui reçoivent argent, promesses ou motivations matérielles pour soutenir tel ou tel candidat. On les encourage à battre campagne, à convaincre, à remplir les meetings, à défendre des projets de société présentés comme porteurs d’espoir. Mais une fois les élections passées, le scénario se répète avec une régularité alarmante : les candidats élus disparaissent les promesses s’effacent, les projets annoncés sont oubliés.
Ceux qui sollicitaient hier la mobilisation populaire se contentent souvent aujourd’hui de leur fauteuil à la mairie, de leur siège au Parlement, de leur position au gouvernement ou de leur pouvoir présidentiel. Pendant ce temps les jeunes qui ont servi de relais politique retournent à leur quotidien souvent marqué par le chômage les difficultés sociales et l’abandon institutionnel. La ville reste sans transformation réelle la population sans réponses concrètes, et les promesses de campagne deviennent des archives sans conséquence
Le drame est aussi culturel et générationnel : une partie de la jeunesse fragilisée par la pauvreté, accepte trop souvent de vendre sa voix son énergie et parfois sa conscience politique contre des gains immédiats. Quelques billets quelques faveurs temporaires ou des promesses de postes suffisent parfois à détourner l’engagement citoyen de sa véritable mission. Cette manipulation financière affaiblit non seulement la démocratie, mais compromet également l’émergence d’une jeunesse libre, critique et politiquement responsable.
Le Gabon ne pourra construire une démocratie solide tant que sa jeunesse restera prisonnière de promesses monnayées et d’ambitions politiques qui ne servent qu’une minorité installée dans le confort du pouvoir. L’heure est venue pour les jeunes de sortir du rôle de figurants électoraux pour devenir des citoyens exigeants conscients et capables de sanctionner politiquement ceux qui confondent mandat public et réussite personnelle.
Wesley A






